Québec Urbain

L’Urbanisme de la ville de Québec en version carnet…


Rats des villes, rats des champs; Petite analyse des préférences où élire domicile

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 27 septembre 2004 6 commentaires

A l’époque, les gens se définissaient urbains ou banlieusards. Les uns préféraient le bitume, les conversations de paliers, les courses à pied. Les autres penchaient plutôt pour le gazon, le barbecue entre voisins et la voiture pour chaque course. Mais il s’agit là du passé car ces deux dimensions, autrefois distinctes, deviennent de plus en plus floues.

« La banlieue n’existe plus, il y a tellement de modèles », dira Carole Després, codirectrice du Groupe interdisciplinaire de recherche sur les banlieues (GIRBa) de l’Université Laval. Les gens qui habitent Beauport, Sainte-Foy, Sillery, la Rive-Sud sont très différents et s’y installent pour mille et une raisons, selon elle. « Il y a une mosaïque d’identités. »

L’architecte Suzanne Bergeron ramène à l’ordre sur le débat. Avec les fusions municipales de janvier 2002, la banlieue a disparu avec ses banlieusards, laissant de chaque côté des ponts deux grandes villes, Québec et Lévis. Et selon elle, il est prématuré de baptiser « nouvelle banlieue » la ceinture des MRC de la Jacques-Cartier, de l’île d’Orléans et de la Côte-de-Beaupré.

Cette précision apportée, Mme Bergeron partage toutefois certaines observations sur la façon d’élire domicile. « Contrairement à nos parents qui vivaient 30 ans au même endroit, qui gardait le même emploi toute leur vie, la jeune génération est plus flexible. Elle est amenée à changer de travail et est également confrontée au phénomène du divorce. » Bref, la règle, c’est qu’il n’y a plus de règle dans l’art de s’installer, croit-elle.

François Des Rosiers, professeur à la faculté des sciences de l’administration à l’Université Laval et chercheur au Centre de recherche en aménagement et développement (CRAD), parle pour sa part de cycle de vie. « Les goûts et les besoins changent avec les années. »

Il donne l’exemple des baby-boomers, la masse dominante, qui déployaient temps et énergie sur leurs maisons dans les années 70. Des maisons assez éloignées du centre, notamment à Cap-Rouge, Saint-Augustin, Lac-Beauport, Boischatel, Saint-Jean-Chrysostome, Saint-Rédempteur, où la construction résidentielle a aussi été vigoureuse les deux décennies suivantes, rapporte une étude de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL).

Puis, avec le temps, plusieurs se sont rapprochés, dans les quartiers mieux nantis, continue M. Des Rosiers. Aujourd’hui, après avoir acheté deux ou trois maisons, ils veulent se retrouver dans plus petit, avoir moins d’entretien à faire et se rapprocher des services. « La formule condo dans les secteurs centraux répond à ça. » Après avoir développé la banlieue, les baby-boomers joueraient maintenant un rôle majeur dans la revitalisation du centre-ville, où ils forment 36 % de la population, relève la SCHL.

Les chercheurs du GIRBa mettent un bémol à ce retour au centre-ville. Un sondage Internet auquel ont répondu près de 200 résidants de l’ancienne banlieue de Québec démontre que seulement 10 % d’entre eux veulent revenir à la « ville ». « Celle-ci sera-t-elle capable de les accueillir, car ça fait quand même beaucoup de monde ? » s’interroge la sociologue Andrée Fortin, codirectrice du groupe.

Du vert SVP

Du côté des jeunes familles, les chercheurs remarquent une attirance pour la nature, la verdure. « Les jeunes ménages ont toujours l’idée que c’est bon pour les enfants », indique Mme Fortin. Ils recherchent aussi le confort et l’espace, ce qui les pousse vers le marché du neuf. « On dit à Québec : « Je me fais construire ». C’est le rêve nord-américain d’être propriétaire », analyse Carole Després.

Tous ces critères les obligent à s’installer plus loin des grands centres. Où le prix des terrains est généralement moins cher, précise M. Des Rosiers. Une étude du CRAD sur la population de la ville de Québec et de ses arrondissements révèle que les jeunes de 0 à 14 ans représentaient en 2001 plus de 20 % de la population dans les arrondissements de la Haute-Saint-Charles et Laurentien. A l’opposé, La Cité, Sainte-Foy-Sillery et Limoilou se retrouvaient avec des proportions sous les 12 %.

En s’éloignant en périphérie, les jeunes ménages ne se projettent pas dans l’avenir et n’anticipent pas certains problèmes, notamment celui du transport en commun quand les enfants grandissent et commencent à se promener, déplore Mme Després.

L’équipe du GIRBa dirige ses travaux afin de démontrer l’urgence de contrôler l’étalement urbain et de rajeunir l’ancienne banlieue (comme Beauport, Sainte-Foy, Charlesbourg), déjà pourvue d’un bon réseau de transport en commun et de bons services.

Mme Després souligne par ailleurs que certains jeunes choisissent de s’y installer dans le traditionnel bungalow, même si ce n’est pas la maison de leurs rêves. Car l’attachement à ces vieux quartiers, tout de même centraux, n’est pas négligeable.

L’attachement

L’attachement est aussi très fort chez les personnes plus âgées. Parmi 173 propriétaires de bungalow de la région interrogés en 1999 par le GIRBa, dont les deux tiers étaient âgés de 55 ans et plus, 80 % vivaient au même endroit depuis 30 ans et 80 % désiraient vieillir chez eux.

« Advenant une perte d’autonomie, ils préféreraient habiter une résidence avec services, mais toujours dans leur quartier. Et dans le cas d’une perte de permis de conduire, ce qui paraît

catastrophique pour eux, ils s’arrangeraient en prenant l’autobus, le taxi ou en demandant des lifts », explique Sébastien Lord, étudiant au doctorat et membre du groupe. Après vérification, cinq ans plus tard, 8 sondés sur 10 n’ont toujours pas déménagé.

Selon une étude de la SCHL, les personnes âgées ont tendance à se localiser plus près du centre. Les arrondissements La Cité et Sainte-Foy-Sillery ont les plus fortes populations âgées de plus de 65 ans.

L’ancienne ville de Lévis comprend également une forte proportion d’aînés sur la Rive-Sud. A noter, 18 % de la population de Québec aura 65 ans et plus en 2011 et 25 % en 2021 selon la projection de l’Institut de la Statistique du Québec.

Finalement, les personnes les plus accrochées aux grands centres sont peut-être les gens seuls, dont le nombre ne cesse d’augmenter. Toujours selon une étude de la SCHL, plus d’un acheteur seul sur deux se tourne vers la copropriété, généralement dans les quartiers centraux. Élément important, une personne seule souhaite souvent habiter près de son lieu de travail.

LES CHOIX DE QUATRE MÉNAGES QUÉBÉCOIS

Selon une étude toute récente de Léger Marketing pour l’Association provinciale des constructeurs d’habitations du Québec (APCHQ), 37 % des Québécois préfèrent surtout les propriétés situées en banlieue, 24 %, celles proches de la ville, 22 % celles situées à la campagne, 12 %, celles en pleine ville et 5 % se soucient peu de la localisation.

Saint-Jean-Chrysostome

– Nom : Diane et Jean-Pierre

– Åge : 53 et 55 ans

– Enfants : trois grands enfants qui ne vivent plus à la maison

– Profession : femme au foyer et agronome

– Revenu du ménage : entre 50 000 et 70 000 $

– Lieu de résidence (depuis combien de temps) : Saint-Jean-Chrysostome (Lévis), depuis 24 ans

– Raisons qui ont poussé à s’installer à cet endroit : proximité d’une école, de terrains de sport, de l’autoroute 20 qui permet d’aller partout. Eux qui arrivaient de Saint-Hyacinthe, la Rive-Nord ne les intéressait pas.

– Projet de déménagement : Aucun projet, « jusqu’à ce qu’on nous mette en foyer ».

Québec, quartier Saint-Jean-Baptiste

– Nom : Cléo et Stéphane

– Åge : 26 et 33 ans

– Enfants : en attente d’un troisième enfant

– Profession : présidente du c.a. du Centre famille haute-ville et menuisier charpentier

– Revenu du ménage : Entre 30 000 et 50 000 $

– Lieu de résidence (depuis combien de temps) : Québec, dans le quartier Saint-Jean-Baptiste depuis six ans, propriétaires depuis cinq ans

– Raisons qui ont poussé à s’installer à cet endroit : le charme de ce quartier populaire, central et vivant. Pas toujours l’idéal avec des enfants, mais comme tout est très près, il est facile de faire des petites sorties agréables au parc, à la boulangerie, à la bibliothèque.

– Projet de déménagement : avec un troisième enfant, ils envisagent déménager pour trouver plus grand dans le quartier Montcalm ou Saint-Sacrement, un choix déchirant. « On n’est pas des banlieusards », conclut Cléo.

Québec, quartier Montcalm

– Nom : Suzanne et François

– Åge : 54 et 55 ans

– Enfants : deux grands enfants qui ne vivent plus à la maison

– Profession : psychologue et retraité

– Revenu du ménage : plus de 90 000 $

– Lieu de résidence (depuis combien de temps) : Québec, dans le quartier Montcalm depuis 1999

– Raisons qui ont poussé à s’installer à cet endroit : en déménageant de Saint-Augustin à Québec, ils se rapprochaient du travail, écourtaient le voyagement entre la banlieue et la ville et toute sa vie sociale, ils évitaient d’acheter une troisième voiture pour les enfants grandissant.

– Projet de déménagement : là pour rester. « Je vais sortir de la maison les pieds devant », dit souvent François.

Lévis, secteur Saint-Nicolas

– Nom : Chantal et Frédéric

– Åge : 30 et 33 ans

– Enfants : un petit garçon

– Profession : tous les deux ingénieurs

– Revenu du ménage : entre 70 000 $ et 90 000 $

– Lieu de résidence (depuis combien de temps) : Lévis, dans le secteur de Saint-Nicolas, depuis un peu plus d’un an

– Raisons qui ont poussé à s’installer à cet endroit : quittant un logement à Sainte-Foy, ils recherchaient plus d’espace, ne voulaient pas de voisins collés, le tout dans un secteur jeune. Frédéric vient aussi de Saint-Nicolas, ce qui a joué dans leur décision.

– Projet de déménagement : non.


Alexandra Perron, 25 septembre 2004. Reproduit avec autorisation

Voir aussi : Message d'intérêt public.


6 commentaires

  1. Jean

    27 septembre 2004 à 21 h 15

    En me mémorant tout ce que j’ai entendu en quelques années à Québec, voilà une analyse qui ne m’étonne pas du tout.

    Québec est un peu complice du phénomène car il est probable qu’on sache depuis longtemps qu’il est plus payant d’attirer des célibataires et des gens âgés dans les quartiers centraux que des familles.

    Le seul ennui, c’est qu’on s’éloigne d’une forme de mixité souhaitable.

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  2. cfd

    28 septembre 2004 à 10 h 06

    Et les rurbains dans tout ça?

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  3. Francis Vachon

    28 septembre 2004 à 10 h 17

    Pour le savoir, il faut lire l’article dans « Le courrier des pays du nord » *siffle*

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