Québec Urbain

L’Urbanisme de la ville de Québec en version carnet…


Normand Provencher: Pour une ville qui bouge

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 23 novembre 2004 14 commentaires

Québec est-elle une ville sportive ? Je ne parle pas de ville sportive dans le sens d’intensité et de folie de ses habitants à l’égard de ses équipes locales. Les partisans des Nordiques, tout le monde s’en souvient, comptaient parmi les plus loyaux et les plus dévoués de la Ligue nationale. Ceux du Rouge et Or, de plus en plus nombreux, ne donnent pas leur place non plus. Assez fous merci, on l’a encore vu en fin de semaine.

Or, dans mon livre à moi, pour reprendre l’expression consacrée, il existe un monde de différences entre celui qui fait du sport et celui qui préfère regarder les autres en faire. L’amateur de sport ne fait pas qu’être un simple gérant d’estrade. L’amateur de sport ne se contente pas de boire sa bière en regardant le football, le dimanche après-midi. L’amateur de sport, le vrai, se bouge le popotin aussi souvent qu’il le peut. Il vit sa vinaigrette sportive plutôt que de la vivre par procuration, à travers les autres et la télé. A la limite, l’amateur de sport, le vrai, devrait se faire un devoir de regarder les autres bouger seulement après s’être lui-même dépensé un max.

Entre vous et moi, il existe sur cette terre peu de moments aussi sublimes – à part trouver une place de stationnement à Place Laurier le 23 décembre – que de s’installer devant une bonne émission de sport lorsqu’on a soi-même mal partout d’avoir trop couru et que la sueur vous dégouline sur le front comme un érable au printemps. Sans oublier l’absence totale de culpabilité à bouffer quelques trucs que les diététistes s’évertuent à détester.

Je reviens à ma question du début. Québec est-elle une ville sportive, y bouge-t-on plus ou moins qu’ailleurs ? Difficile à dire. Comme dans plusieurs autres domaines, ça pourrait être pire, mais ça pourrait être mieux aussi. Il reste du chemin à faire, ne serait-ce que dans la façon de vendre aux citoyens l’idée de bouger.

Un petit exemple, tout petit, minuscule. On vante la beauté du Jardin Saint-Roch. C’est un bel endroit pour marcher mais c’est tout ce qu’on peut y faire, prendre une petite marche, peinard, à regarder les fleurs et l’eau de la chute. Pourquoi ne pas avoir pensé à y installer un ou deux paniers de basket ? Rien de bien sorcier. Le printemps et l’été, à l’heure du midi, les travailleurs du coin auraient pu se donner rendez-vous pour des duels épiques, l’INRS contre l’ÉNAP, par exemple, ou LE SOLEIL contre TQS.

Rien de mieux pour décompresser entre deux réunions, dans la mesure où le monde a ensuite accès à une douche au bureau, les odeurs de p’tit canard à la patte cassée, vous savez ce que c’est, déjà que votre collègue a du mal à sentir votre plante verte.

On ne cesse de répéter que les citoyens de Québec ne vont pas travailler à bicyclette. Encore là, leur facilite-t-on vraiment les choses ? Une fois arrivé au bureau, vous faites quoi avec votre vélo ? Vous prenez l’ascenseur avec et l’accotez sur la photocopieuse ? Vous l’attachez à un parcomètre et partez avec la roue avant en souhaitant qu’il n’y ait pas trop d’unicyclistes kleptomanes en ville ?

Dans plusieurs grandes villes, il existe maintenant des endroits pour ranger les vélos. Vous arrivez avec votre bécane et un préposé se charge de la surveiller jusqu’à votre sortie du travail. Pourquoi ne pas faire la même chose, à deux ou trois endroits en ville? Savoir son vélo en sécurité, c’est déjà un souci de moins.

Si on voulait pousser l’idée encore plus loin, on pourrait s’inspirer de quelques villes européennes. Là-bas, on met à la disposition des gens des dizaines de bicyclettes et chacun s’en sert à tour de rôle, sans en être propriétaire. Vous partez à vélo pour aller sur Cartier. Vous laissez le vélo à la vue de tout le monde. Quelqu’un passe et l’enfourche pour se rendre sur Grande Allée. Un autre le prend pour descendre à Limoilou et ainsi de suite. Un vélo pourrait ainsi servir 10, 15, 30, fois dans la même journée, à 10, 15, 30 personnes différentes. Ce système, je vous l’accorde, tient un peu de l’utopie, il y aura toujours des Bougon pour partir avec le vélo et tenter de le revendre, mais enfin, il n’est pas interdit de rêver un peu, surtout que ce n’est pas encore taxable.

Il y a autre chose. L’hiver finira bien par arriver et, avec lui, l’ouverture des patinoires. Elle est bien sympathique, celle de place d’Youville, mais trois ou quatre coups de patin et on en a vite fait le tour. Maintenant qu’on a abandonné l’idée d’une rivière Saint-Charles ouverte aux patineurs, à quand une patinoire format géant, sur les Plaines par exemple, face au Musée national des beaux-arts ?

Imaginez l’effet, dans le temps des Fêtes, avec des centaines de patineurs, une belle petite neige qui tombe, de la musique de Roland Martel et un immense sapin de Noël, au milieu de la glace. Ce serait de toute beauté, le soir. On imagine déjà les cartes postales.

A Québec, ville de neige par excellence, il faudrait aussi faire davantage la fête au ski de fond. En Suède, ils ont la Vasaloppet, une mythique épreuve qui réunit des milliers de participants. Pourquoi la Ville ne développerait-elle pas un concept basé sur le même principe? Pourquoi pas la première pour les Fêtes du 400e, tiens ?


Normand Provencher, 23 novembre 2004. Reproduit avec autorisation

Voir aussi : Message d'intérêt public.


14 commentaires

  1. Pat

    23 novembre 2004 à 19 h 08

    Des stationnements payants pour vélos à 2 ou 3 endroits en ville? C’est absurde… Pourquoi ne pas commencer avec des racks à vélos normaux aux intersections, des pistes à vélo fonctionnelles le long des artères plutôt que de s’investir dans ces pistes récréatives pour plaire aux banlieusards qui partent en excursion la fin de semaine… c’est un vrai bordel se rendre du centre-ville à l’université en vélo–et on se sent pas en sécurité.

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  2. Bernard Bastien

    25 novembre 2004 à 23 h 16

    Le Carnaval ne serait-il pas une belle occasion d’organiser ces compétitions populaires? Un rallye à ski sur les pistes cyclables, ça serait cool. Et une course en raquettes dans le vieux, hehe! Un ptit peu de neige dans la rue, et hop! courez…

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  3. MA

    29 novembre 2004 à 13 h 22

    Je partage l’idée que la Ville de Québec (sans connaitre tout ce qui se fait ailleurs) est un endroit qui incite peu aux sports et à l’activité physique. Le réseau cyclable et de patin à roues alignées est plutôt limité, on fait le grand tour de toutes les pistes en moins d’un été. De plus, ce réseau se limite pratiquement à la préiphérie du centre. Évidemment, la frontière naturelle haute-ville – basse-ville rend difficile la circulation mais cela ne justifie pas l’absence quasi-totale d’accès pour les transports à l’huile de jambes, l’automobile étant prioritaire partout lorsqu’il s’agit de monter ou de descendre et même partout finalement. Cela dit, les plaines d’Abraham sont ridiculement mal et sous développées. L’anneau de patins à roues alignées est une infrastructure lamentable qui a été réalisée par des gens qui ne connaissent absolument pas cette activité qui généralement permet d’atteindre les mêmes endroits que le vélo, peut-être avec certains inconvénients. Mais tout de même, ce n’est pas par la construction d’aquarium à sportif qu’on aide une ville à devenir active physiquement. Un parcours sur l’ensemble de la surface asphaltée des plaines répondrait plus aux besoins de ce sport bien que la qualité de l’asphalte serait à revoir.

    De plus, au centre-ville, les centres sportifs sont peu nombreux. Mais à part le badmington et le Tai Chi, qui sont de très belles activités, il faut sortir du centre pour bouger. Le meilleur endroit est possiblement le PEPS si l’on veut pratiquer un maximum d’activités. Escalade intérieur ou extérieur : en périphérie. Hockey sur glace : attention à l’état de la glace, lorsqu’il y a de la place! (toujours trop de monde et pas assez de glaces). Patins à glace : Les plaines et la Saint-Charles sont des endroits idéaux qui pourraient recevoir des infrastructures digne d’une vraie ville. Une course de vélo de montagne sur un long parcours sur les plaines durant l’hiver??? Pourquoi pas.

    Bref, il manque à la fois d’infrastructures diversifiées et à la hauteur d’une grande ville, de réseaux incitant aux transports verts, et de sites sportifs au centre là où la majorité des gens vives. En proportion avec les arrondissements que forment nos banlieux, la proportion de sites et d’infrastructures de sport au centre est trop faible pour en conclure que Québec est une ville sportive.

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  4. Mimi

    29 novembre 2004 à 15 h 10

    Il y a eu à St-Hyacinthe un projet de vélos communautaires. Les vélos en question sont fort simple à repérer: ils sont peints au complet en jaune.

    Le projet a depuis été abandonné et j’ai retracé les vélos au Parc Les Salines, désormais la propriété de la maison de jeunes.

    J’en ai enfourché un qui semblait à ma taille et dont la chaîne n’était pas débarquée. Je suis partie me promener dans le parc pour me rendre compte dans une descente en courbe que le vélo n’avait pas de freins.

    L’entretien. Les supports à vélo. Le vol. Les coûts. Ce sont quelques uns des obstacles de cette initiative fort louable.

    J’adore l’idée. Malheureusement, ça n’a pas marché à St-Hyacinthe. Je suis déçue.

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  5. `jacques

    18 mai 2005 à 00 h 25

    les vélos communautaires de st Hyacinthe sont toujours la allez voir sur ce site http://www.mdj.ca

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