Québec Urbain

L’Urbanisme de la ville de Québec en version carnet…


Normand Provencher: Le syndrome de la banane

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 20 décembre 2004 16 commentaires

Vous avez sûrement entendu parler que des citoyens du nord de Montréal ont déposé un recours collectif contre le passage des motoneiges près de leurs résidences. Ces gens-là, et beaucoup d’autres, sont écoeurés du bruit. Le gouvernement a peur que le mouvement fasse boule de neige. Un projet de loi spécial a été déposé jeudi pour calmer le jeu. Vous voyez ça si tous les sentiers de motoneige au Québec devaient passer à deux kilomètres de toute résidence. Ce serait la mort d’une industrie touristique qui rapporte un max à l’État.

Vous savez quoi ? Moi aussi, si j’avais à supporter le flot incessant de caravanes de motoneiges pendant tout l’hiver, j’en aurais peut-être plein mon casque. Sans doute me débrouillerais-je pour déménager, je ne sais trop. La motoneige, que voulez-vous, je ne suis pas capable. Pour moi, ce n’est pas un sport, c’est une véritable agression. Si on veut profiter de la nature et de la forêt, c’est en ski de fond et en raquettes qu’il faut le faire, pas au volant de ces engins. Si vous désirez partir un débat sur le sujet, vous savez où je loge, c’est-à-dire à l’enseigne écologique. Des propriétaires ne veulent plus entendre parler des motoneiges près de chez eux. D’accord, on peut comprendre. Mais voilà, si l’intolérance continue à fleurir avec une aussi belle énergie, on va faire quoi tantôt ?

Cette semaine, c’est la motoneige. La semaine d’avant, c’était le projet de port méthanier. Les habitants de Beaumont ont dit non, pas question que ça se fasse chez eux, allez ailleurs. Gaz Métro veut implanter son port à Lévis, mais là aussi on n’en veut pas. Alors, on le met où le port méthanier, dans le fond de notre poche ?

On connaissait le syndrome « pas dans ma cour » [Note de Francis: en anglais, on appele cela le « NYMBY », Not In My BackYard], mais il y aussi son corollaire, encore plus corrosif, le syndrome Banana, pour Build Absolutely Nothing Anywhere Near Anything, qu’on pourrait traduire grossièrement par : interdiction de construire quoi que ce soit, où que ce soit.

Vite comme ça, je dirais qu’on nage en plein syndrome de la banane au Québec. Je ne dis pas que c’est bien, je ne dis pas ce que c’est mal, chacun a ses raisons, j’essaie seulement de voir comment on va réussir à trouver une solution entre la liberté des uns et les droits des autres. Pas une mince affaire, je vous l’accorde.

La motoneige et le port méthanier ne sont pas les seuls exemples. Il y a quelques mois, on a voulu ouvrir une maison pour déficients intellectuels dans un quartier de Québec. Les gens ont crié haut et fort contre le projet, au point que ses promoteurs ont été forcés de faire marche arrière. Il y a deux ans, c’était une maison de personnes âgées qui a défrayé la manchette. Un foyer pour vieux, imaginez, comme si ça pouvait manger le monde.

Vous en voulez d’autres ? Il y a pas si longtemps, des citoyens de Grande Allée se sont élevés contre la transformation de l’église Sacré-Coeur en bar. Trop bruyant, ont-ils dit. Avant eux, il y a eu les propriétaires de condos sur le bord de la falaise et leurs plaintes contre le bruit au port de Québec. Il y a aussi eu l’histoire d’un ventilateur d’entreprise que des gens de Sainte-Foy voulaient faire disparaître.

On s’en va où avec cette montée d’intolérance ? L’exaspération contre le bruit des motoneiges, la crainte d’avoir un port méthanier en pleine figure, les ex-psychiatrisés et tout, je peux comprendre, mais arrivera un jour un moment où il faudra saisir qu’on vit en société et que le bien commun impose d’avoir à faire des choix qui ne peuvent pas plaire à tout le monde, que ce soit à la ville ou à la campagne. (…)


Normand Provencher, 18 décembre 2004. Reproduit avec autorisation

Voir aussi : Message d'intérêt public.


16 commentaires

  1. Jean

    20 décembre 2004 à 09 h 18

    Assez bien vu, bien qu’il y manque un aspect : celui de la poursuivite. Des gens font un peu de bruit près de nos résidences : l’important n’est pas tant de faire cesser le bruit que d’en tirer un profit personnel par le biais d’une poursuite.

    Quant à l’intolérance, c’est un fléau. Dans bien des cas, les riverains du parc linéaire sont des rurbains pleins de fric, qui n’ont aucun scrupule à venir empoisonner les rues de Montréal avec leurs gros VUS, mais qui se déguisent en écolos quand leur petite quiétude bourgeoise est égratignée.

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  2. Marc-André

    20 décembre 2004 à 16 h 16

    L’équilibre n’est pas facile. Je suis porté à être d’accord avec la loi spéciale sur les motoneiges. Je n’aime pas cet engin, mais deux ans, c’est tout à fait raisonnable comme délai pour trouver des solutions. (réaménagement des pistes, normes sur les moteurs, etc.)

    Sur ces fameux écolos…

    Il y a-tu de quoi de plus néfaste pour l’environnement qu’un chalet dans le bois? En plus de l’espace du chalet, on a les routes qu’on doit construire, la fosse septique, l’aménagement paysagé. Et je ne compte pas les dommages aux lacs.

    Allez! Buldozzez quelques acres de forêt, plantez du gazon du Kentucky, construisez-vous un long chemin pour être le plus loin possible de la ville, achetez-vous un SUV pour l’hiver. Installez-vous dans ces châteaux de pollution, mais donnez-vous bonne conscience avec votre café équitable et vos légumes bios soit disant meilleurs pour l’environnement…

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  3. Gwido

    20 décembre 2004 à 17 h 25

    D’un côté, je comprends les gens qui chialent contre le bruit des motoneiges qui rasent leur maison à une vitesse folle en laissant derrière elles une grande odeur de gaz! (Moi j’adore cette odeur mais je déteste la motoneige!) D’un autre, je me dis qu’ils auraient dû y penser avant de s’acheter une maison en bordure d’un champ ou d’un boisé. Envisager la ville? C’est le vacarme et l’odeur de la circulation automobile. Le quartier de banlieue? C’est le bruit des tondeuses et l’odeur des « charcoals ».

    Nous vivons dans une société incompréhensible à plusieurs égards… En tout cas, le nombre effarant d’adeptes du « skidoo » au Québec me laisse perplexe. C’est pourquoi d’ailleurs l’intolérance est si élevée chez nous. Il y a tant d’absurdités et de gens absurdes… En attendant une société plus évoluée qui se sera affranchie de la motoneige, libérée de la circulation automobile et qui aura inventé des tondeuses au laser ultra silencieuses, il y a toujours les bouchons auditifs!

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  4. Serge Alain

    20 décembre 2004 à 21 h 05

    Tous ces commentaires me rejoignent, en particulier celui de Jean.

    Ma mère, qui était Montréalaise pure laine, avait l’habitude de dire que Montréal est comme une putain: des gens de partout viennent la salir, puis ils repartent en la rejetant, lui disant qu’elle n’est pas propre.

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  5. Luc

    20 décembre 2004 à 22 h 02

    Le problème c’est pas tellement les motoneiges que l’endroit ou il passent. Si tu construit ta maison sur le bord d’un autoroute vient pas te plaindre du bruit des autos. Mais si tu choisi le bord d’un parc linéaire tu peux t’attendre a un minimum de tranquilité. La MRC n’a jamais voulu tenir compte des revendications des citoyens qui demandaient juste le respect de leur droit. C’est facile de demander d’être tolérent surtout quand ce n’est pas dans ta cours. C’est peut-être aussi parce que les gens on été pendant trop longtemps trop tolérants. Ne prenons que pour exemple la tolérance au bruit. On tolère tout les imbéciles qui se promène avec des motos et des autos dont le silencieux est modifié pour faire plus de bruit; on tolère les sea-doo l’été, les ski-doo l’hiver; la musique heavy metal ou le contry kétaine du voisin. Sans oublié la tondeuse, la soufleuse et le machin qui soufle les feuilles. À un momment donné la tolérence on l’entend plus….

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  6. Serge Alain

    20 décembre 2004 à 22 h 42

    Bref, où que ce soit où l’on habite, le problème, ce sont les gens qui font du bruit et qui polluent.

    On peut essayer de les accommoder, de rassurer l’industrie touristique. Mais le problème, christie, ce sont les gens qui se foutent des autres et qui considèrent comme un droit le fait de foncer avec des bolides dans le bois et de laisser du gaz et du bruit derrière eux.

    Est-ce un crime de leur demander d’aller jouer ailleurs? Est-ce un crime de lèse-majestée de leur demander de faire autre chose l’hiver?

    C’est LEUR problème, pas le nôtre.

    À bas les motoneiges de mon cul.

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  7. Mimi

    21 décembre 2004 à 10 h 24

    Je viens des Laurentides. De St-Jérôme, où débute le parc linéraire du petit train du Nord.

    Ma mère habite maintenant Prévost, à proximité du parc linéaire.

    J’aimerais rappeler à tous que les habitants de chauque rive du parc linéraire sont pour la plupart pauvres ou de classe moyenne, qui habitent dans des maisons contruites il y a très longtemps et qui à l’origine étaient des chalets.

    Les vieilles gens habitant là ont connu le bruit et la pollution du train, qu’ils acceptaient.

    Or, le train est mort. Le tracé du chemin de fer est devenu tranquille.

    De nouvelles familles se sont intallées dans ces maison, les vieux étant morts.

    Puis est devenu le tracé du chemin de fer un parc linéaire au grand bonheur des cyclistes l’été et des skieurs l’hiver.

    Voilà pour le parc linéaire et la fausse conception que les riverains sont des gens riches.

    Pour la motoneige maintenant.

    Mon père et mes oncles sont des mordus de la motoneige, sport qui n’en est pas un et que je ne comprends pas. Ils ont tous eu leur première motoneige à 14 ans. La vitesse, l’exaltation, qu’ils disent…

    N’empêche que 300 motoneiges qui passent derrière votre maison la nuit, c’est très dérangeant.

    Je déteste les motoneigistes. De ce que j’ai vu de quelques randonnées avec mon père et mon oncle, c’est des relais (espèces de cantines) où il fait bon prendre une bière ou deux avant de reprendre la route, à 160 km/h avec moi apeurée sur le banc, accrochée à mon père.

    Désolant.

    La loi spéciale à présent. Je crois que la décision récente où les résidents ont eu gain de cause est bonne.

    Je comprends le gouvernement d’avoir voté une loi spéciale pour limiter les recours.

    Cependant, cette trêve doit servir à revoir le fonctionnement de cette industrie (qui est, de plus, polluante à l’heure de Kyoto) pour assurer le juste équilibre entre les droits des résidents et la pratique de la motoneige. Il doit y avoir des lignes directrices et un encadrement serré. L’industrie va rechigner, c’est comme interdire la bière dans les campings de motorisés, mais le gouvernement doit se tenir droit et songer prioritairement non pas aux $$$ que l’industrie rapporte mais aux citoyens qui sont la raison d’être de ce gouvernement.

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  8. JB

    21 décembre 2004 à 15 h 34

    Au royaume des acronymes rigolos sur les états d’âme urbains et leurs comportements:

    LULU: Locally Unwanted Land Use (s’apparente au NIMBY)
    CAVE: Citzens Against Virtually Everything (résume très bien l’individu et s’apparente au BANANA)

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  9. serge c

    19 mars 2006 à 01 h 19

    oh la la je suis 1 riverain du troncon qui as été fermé on as la paix et on roule pas sur l or j ai 1 ferme et je suis né pres du troncon pendant que le train existait il passait 2fois par jour a l époque quand les motoneige sont arrivés calis l enfer c est sa du bruit a toute heure du jour et de la nuit la puanteur des engins de course car il sont pas capable de roulé tranquillement des les déchets pas de gene la dessus et il se foute carrément de la terre que tu cultive il se promene dessus pour faire courir les chevreuils bien content quelle soit fermé quil en fassent 1 piste de ski de fond sa été demandé la demande a été rejeté pas assez payant ils as assez de sentier de contournement, dans le temps tout le monde avait 1 trailer ou 1 camionette pour déplacé leur motoneige maitenant il faut que sa décolle de la cour de la personne passe a travers les terrains privés pour se rendre a la piste l enferrrrrrrrrr pensé y .pas ds ma cour faut le vivre pour le comprendre

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  10. serge c

    19 mars 2006 à 01 h 21

    ah oui l argent je m en fou j ai la crist de paix

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  11. André C

    10 mai 2006 à 17 h 49

    « La liberté des autres arrête ou la mienne commence! ». Il est devenu « in » depuis quelques années de faire du bruit. les motoneiges ne sont pas les seules à être pointées du doigts. Qu’on pense au phénomène du Tuning qui consiste entre autre à modifier le silencieux afin de le rendre plus bruyant. C’est aberrant. De plus, lorsqu’il s’agit de porter plainte, tout le monde se renvoie la balle. les policiers ne donnent plus de contravention pour ne pas devoir se présenter en cour et risquer de perdre la cause. Résultat? Les fauteurs de trouble s’en donnent à coeur joie, impunis! Quand cela va-t-il arrêter? lorsque les policiers et les juges en auront assez de se faire casser les oreilles chez eux, et pas avant. D’ici là, patience honnêtes citoyens! N’hésitez pas à m,envoyer un courriel si vous désirez faire partie d’une coalition anti-bruit!

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  12. Bernard

    24 août 2006 à 11 h 28

    Jean Charest et sa famille sont propriétaire d’une résidence sur l’ile Charest au lac Memphrémagog. Je ne sais pas comment il trouverait l’idée que des gens en été en seadoo ou en hiver en skidoo aillent tourner de facon interminable du matin au soir autour de leur ile.

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  13. Andre B

    7 mai 2007 à 21 h 56

    Le phénomène du tuning qui consiste à remplacer le silencieux et à faire «hurler » son petit bolide est inacceptable. Idem pour les autos dont les systèmes de son surpuissants rejettent un nombre tout aussi intolérable de décibels. Nous questionnons le fait que ces échappements illégaux soient en vente libre partout. Il y a tout de même des limites à laisser grandir l’incivilité !

    Devant l’inaction de nos dirigeants, de la SAAQ, des policiers et l’inefficacité des mesures en place, nous avons créé le Regroupement Québécois contre le Bruit.

    Visitez le site du REGROUPEMENT QUÉBÉCOIS CONTRE LE BRUIT et montrez votre appui. http://www.rqcb.ca

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  14. Jean Cazes

    7 mai 2007 à 23 h 04

    Merci pour l’information: ça mérite un billet, pour bientôt, dans Québec Urbain! ;-)

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  15. stef

    8 mai 2007 à 02 h 01

    Le regroupement québécois contre le bruit ? et quoi apres ? le regroupement québécois contre les odeurs ?? Ben voyons donc !

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  16. Patrick Leclerc

    9 janvier 2008 à 23 h 35

    Monsieur Stef est de mauvaise foi de toute évidence… Nous n’avons rien évidemment rien contre les sons… beaucoup sont exquis. Son fondateur même est un mélomane. Bien sûr que le Regroupement québécois contre le bruit en a essentiellement contre le bruit « excessif »… Bien sûr que c’est contre la pollution sonore que le RQCB en a… Et le problème est on ne peut plus réel bien que certains ne s’en rendent pas compte ou le nient pour leurs motifs à eux. Il faut savoir en outre qu’il existe même des colloques internationaux sur la question. Il faut savoir que l’Organisation mondiale de la santé a déjà depuis quelque temps fait état des méfaits de divers ordres sur la santé humaine rattachables directement à la pollution sonore. Pour tout dire, j’invite tous les gens à visiter les pages de notre site Web pour constater le sérieux de notre démarche. (www.rqcb.ca). Et pour en revenir à Monsieur Stef, je lui demanderais s’il aime lui toutes les odeurs…s’il aimerait par exemple que quelqu’un s’amuse à déposer dans sa cour des charognes en décompostion… Il les humerait avec grand plaisir peut-être. Il accepterait tout cela en disant merci. Je ne le crois guère. Eh bien, l’odeur de ces charognes décomposées, c’est à cela qu’il faudrait comparer les niveaux et les structures de bruit que le RQCB dénonce …. L’objectif du RQCB est d’améliorer l’environnement sonore (qui s’est hélas grandement détérioré) et la qualité de vie partout au Québec. Bienvenue à toutes les personnes qui accordent de l’importance à des choses de cette nature.

    Bonjour à tous et à toutes…

    Patrick Leclerc
    fondateur du REGROUPEMENT QUÉBÉCOIS CONTRE LE BRUIT

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