Le Devoir du 13 août 2004, par Frédérique Doyon
Francis Vachon, chien de garde de l’urbanisme
Dans l’autre grande ville du Québec, le blogue de Francis Vachon, plus spécifiquement porté sur l’urbanisme, s’est bâti une jolie réputation. « J’essaie de savoir ce qui va être construit et quel impact cela aura sur la ville », décrit-il. En deux ans, il s’est acquis des lecteurs issus des instances décisionnelles de la Ville, de la province, des milieux professionnels de l’urbanisme à travers le monde – et des Québécois expatriés qui s’ennuient de leur ville. Une entente avec Le Soleil lui permet désormais d’afficher des articles du quotidien de la capitale en hyperliens sur son site. Avec deux à 2000 visiteurs par jour, il est l’un des blogues francophones les plus visités au monde, selon un site de statistiques spécialisé dans les carnets créés avec son ancien logiciel. Ses 60 000 visiteurs mensuels rivalisent avec les 75 000 de l’hebdomadaire Voir.
Pourtant, nul antécédent ne destinait cet informaticien de formation et de profession à développer une telle spécialité. « Je suis un simple citoyen, indique-t-il. C’est totalement par hasard que j’ai lancé ce carnet-là. Mais j’avais un certain intérêt pour la chose urbaine. A force de développer le carnet, j’ai développé un intérêt plus précis pour l’urbanisme. »
Francis Vachon est aussi un internaute de la première heure pour qui il était naturel de démarrer un carnet à une époque où ce type de communication commençait à s’implanter. « Quand j’ai débuté, c’était la mode de se partir un carnet. Tout le monde en lançait sur l’informatique ou sur sa vie personnelle. Je voulais faire autre chose. » C’est notamment lui qui a lancé, l’automne dernier, le concept des « voyages dans le temps » qu’a repris Kate McDonnell (voir l’article principal). « Pour montrer l’évolution des lieux sur une période de 100-150 ans », explique-t-il. La réponse enthousiaste de ses visiteurs – qui lui envoyaient eux-mêmes des photos – l’a encouragé à continuer. Il a aussi greffé à sa page un forum où il « laisse tout le monde s’exprimer sur le sujet de son choix : politique, arts et spectacles, économie, etc. »
Il planche au minimum une heure par jour sur son carnet. « J’essaie d’ajouter texte et photo chaque jour. Parfois, je présente les projets de manière très neutre, à la manière du journaliste, parfois, je pousse plus le côté analyse critique. » La qualité de ses visiteurs exige une rigueur toujours plus grande de sa part. En échange, le fait qu’un blogue résulte d’une initiative sans but lucratif lui attire plus de sympathie et d’intérêt. N’est-ce pas là l’expression démocratique par excellence ? Le parfait équilibre des forces du discours auquel aspire tout journaliste ?
Précision pour Voir: Il s’agit de la version « Québec » et non du site principal.