Québec Urbain

L’Urbanisme de la ville de Québec en version carnet…


Tramway: inquiétudes et questionnements sur la 3e Avenue dans Limoilou

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 17 mars 2021 10 commentaires

Jean-François Néron
Le Soleil

L’annonce du passage possible du tramway sur la principale artère commerciale de Limoilou force la SDC 3e Avenue à sonder ses membres pour mieux comprendre leurs inquiétudes et questionnements.
«Depuis hier soir, je ne cesse de répondre à des courriels et des téléphones de commerçants. Maintenant, notre travail est d’en savoir le plus possible.» La directrice de la Société de développement commercial (SDC) 3e Avenue, Isabelle Madrid, devait faire parvenir au plus tôt ce mardi un sondage auprès de ses membres.

Expropriations, impact sur la circulation automobile, intégration au paysage urbain, sont autant d’interrogations auxquels il est encore impossible de répondre si ce tracé devait être retenu. «Ça tombe comme une bombe parce que c’est nouveau. C’est sûr qu’il y a beaucoup de réactions et d’inquiétudes à travers tout ça. Pour l’instant, on en sait encore très peu», précise-t-elle.

« Je ne suis pas contre le tramway. Je ne veux pas être un rabat-joie. Vite, vite comme ça, à première vue, ma business va perdre de la valeur »
— Le propriétaire du restaurant Myagi

Lundi, en mêlée de presse préconseil municipal, le maire de Québec a livré des détails supplémentaires sur l’entente intervenue entre la Ville et le gouvernement du Québec, concernant le tracé retenu pour le tramway entre le terminus D’Estimauville, près du boulevard Sainte-Anne, et le pôle d’échange Saint-Roch, sur les terrains de l’ancienne Croix-Rouge le long de l’autoroute Laurentienne à la hauteur du pont Drouin.

Régis Labeaume expliquait alors que le scénario le plus plausible à l’étude faisait passer le tram tout le long du chemin de la Canardière, puis la 3e Avenue, et enfin la 3e rue.

Le propriétaire du restaurant Myagi est un de ceux qui a voit d’un mauvais oeil l’arrivée du tramway devant chez lui. «Je ne suis pas contre le tramway. Je ne veux pas être un rabat-joie. Vite, vite comme ça, à première vue, ma business va perdre de la valeur», confie-t-il au Soleil.

«Tous les rez-de-chaussée sur la 3e Avenue, c’est des commerces. Il n’y aura pas de stationnement pour ma clientèle qui ne provient pas du quartier alors qu’on sait déjà battu pour ne pas avoir de parcomètres sur la rue. Cinquante pour cent, c’est du “take-out” chez nous. C’est la même pour d’autres comme Sobab (vente et entretien de machines à café) et Juneau et frères (peinture)», soutient le restaurateur.

«On a investi 500 000 $ dans l’entreprise. Ça fait des années qu’on développe nos affaires. On vient de traverser une pandémie et on a tenu ça bout de bras. On ne veut pas perdre notre investissement», ajoute M. Lemieux-Dallaire.

La 4e Avenue plutôt

Comme plusieurs autres interrogés par Le Soleil, il verrait davantage le tramway passé sur la 4e Avenue, selon lui, plus large et résidentielle à 100 %, donc plus propice à accueillir le passage du tramway.

Pour Étienne Grandmont, directeur général d’Accès Transports Viables, la 3e Avenue est un choix qui apparaît logique dans les circonstances. «Il n’est pas rare que le tramway passe sur une artère commerciale, des endroits achalandés comme la 3e Avenue. L’important, c’est d’avoir le moins de virages possible pour ne pas le ralentir. La longue ligne droite de la Canardière devient intéressante dans ce contexte.»

L’avantage d’emprunter la 3e rue est de pouvoir insérer le tramway au sud du pont Drouin. Ainsi, la circulation automobile sur la 4e rue jusqu’à la 3e Avenue, porte d’entrée du quartier, serait moins perturbée puisque l’engin sur rail ne couperait pas la voie aux véhicules.

Rue partagé

Il imagine même la possibilité de développer un concept de rue partagé similaire à celui que la Ville veut appliquer à la rue de la Couronne dans Saint-Roch.

Le tramway y circulera au centre et la circulation de transit sera désormais impossible. Les automobiles peuvent traverser la rue de la Couronne à la hauteur de certaines rues perpendiculaires. Il sera aussi possible d’y circuler pour boucler un trajet local entre deux rues à sens unique, autant à l’est qu’à l’ouest de la Couronne.

Il reste que M. Grandmont aurait préféré dans une première phase que la Ville et le gouvernement choisisse de desservir Charlesbourg.

«Selon des chiffres de 2014, la 801 (qui passe sur la 1re Avenue) est une fois et demie plus achalandée que la 800 (Vers Beauport).

D’Estimauville, on l’imaginait plus pour une phase II. Mais si c’est que ça prend pour que le projet trouve grâce aux yeux du gouvernement, tant mieux. C’est platte, parce qu’on a créé des attentes pour les résidents des quartiers Lairet et Charlesbourg», conclut-il.

L’article

L’avenir du tramway entre les mains du premier ministre Louise Boisvert (Radio-Canada). Un extrait: Après un déblocage majeur dans les négociations la semaine dernière, la rencontre de ce matin devrait permettre de mettre la touche finale au projet, presque trois ans, jour pour jour, après avoir été dévoilé au grand public. Et cette fois-ci, Régis Labeaume pourra compter sur le caucus de Québec. Selon nos sources, les députés caquistes de la région appuient globalement le projet proposé. Il ne fait pas l’unanimité, mais ce qui est sur la table est acceptable.

Voir aussi : Projet - Tramway, Transport, Transport en commun.


10 commentaires

  1. Benoit Bibeau

    17 mars 2021 à 08 h 30

    C’est encore le syndrome du ‘Pas dans ma cour’. Peu importe ce qu’on fait, il y aura toujours une minorité de mécontents. Faites ce que ce monsieur propose, soit envoyer le tramway sur l’avenue d’à côté, et des résidents se plaindront à leur tour. Comme un journaliste l’a déjà mentionné pour ce projet, parfois, le mieux est l’ennemi du bien. À force de vouloir plaire à tout le monde, on finit qu’on ne fait rien.

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  2. Louis Utilisateur de Québec Urbain

    17 mars 2021 à 08 h 31

    Les villes developpent des système de transport en commun parce qu’ils permettent le déplacement de beaucoup plus de gens que l’auto-solo sur un espace donné. Le tramway sera une espèce d’autoroute et chaque arrêts sera l’équivalent d’une sortie d’autoroute. Être sur le bord de cette « autoroute » implique une facilité d’accès et beaucoup de visibilité. Pourquoi un restaurateur ne profiterait-il pas de cette augmentation de la quantité de gens qui vont passer devant son établissement?
    Ce serait prétentieux de ma part de penser que je sais mieux ce qui est bon pour un commerce que ce qu’en pense le propriétaire du commerce lui-même. Mais je ne peux m’empêcher d’être très surpris par les commentaires.

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  3. Louis-Pierre Beaudry Utilisateur de Québec Urbain

    17 mars 2021 à 09 h 32

    Le « pas dans ma cour » est en effet toujours un réflexe à prévoir, et à relativiser. À ce titre, il est critiquable que l’article mette l’accent sur les commerçants éplorés. Il est probablement vrai, par contre, que de bloquer l’accès facile aux voitures sur la 3e avenue risque d’affecter certains commerces, dans notre ville qui se fait à 80% banlieue (l’histoire des parcomètres est l’archétype du problème de Québec…). Mais passons. Il y a des enjeux plus fondamentaux ici, je crois.

    Le cas de la 3e avenue et de la Place Limouloise dépasse le « pas dans ma cour ». Le fait que l’intersection avec le chemin de la Canardière soit centrale dans l’animation du quartier est indéniable, et cette réalité dépasse le « pas dans ma cour ». Ne plus jamais pouvoir bloquer le trafic de transit pour des événements, ou pour d’éventuels marchés estivaux agrandis, pose problème. L’activité humaine et piétonne naturelle du quartier, avec les commerces et la perméabilité avec la rue du Pont, se passe sur la 3e avenue aujourd’hui. Ce n’est pas anodin que d’y faire passer un tramway avec une voie immuable, qu’on voudrait, à raison, qu’elle ne soit jamais bloquée.

    À ce titre, la 4e avenue (atteinte via la 3e rue), qui est très large et déjà un sens unique plus au sud, vers « Hedleyville », est une option beaucoup moins contraignante, tout en gardant un même niveau de service pour le quartier, pas plus de « virages », et un prolongement minime de la voie ferrée.

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  4. PPDaoust

    17 mars 2021 à 10 h 18

    Même pas 200 mètres de la 3e sont concernés.

    Les médias veulent en faire une grosse affaire alors qu’il en est rien. Le commerçants auraient voulu être consultés. C’est pas mal juste ça. Nos journalistes assoiffés de nouvelles en font tout un plat. On est à Québec.

    À peut près tout les commerces concernés, à part les 2 restos de sushis peut-être, sont des commerces de proximité que les locaux fréquentent à pied. Et puis il y a du stationnement autour, dont un municipal en arrière du Esso et accessible via la 3e rue.

    Passons à autre chose s’il vous plait.

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    • Louis-Pierre Beaudry Utilisateur de Québec Urbain

      17 mars 2021 à 10 h 48

      Ce n’est pas tant seulement l’enjeu du parking, que l’ambiance de la place et la possibilité de l’utiliser pour autre chose que du transit, bref voir la rue, au moins de temps en temps (idéalement le plus souvent possible) comme autre chose qu’un lieu de déplacement, mais un lieu public et de rassemblement. Ce ne sont en effet « que 200 mètres », mais ce ne sont pas n’importe lesquels!

      Je suis le premier à dénoncer l’inertie des commerçants et leur addiction aux places de parking (c’est ce qu’on a fait dans un rapport rédigé pour la SDC de St-Jean-Baptiste). Par contre, tout comme pour les autres artères commerciales (qui font office de « coeur de village ») il s’agit de s’assurer de la pérennité de lieux d’occupation, de rencontre, etc. au-delà de l’intérêt commercial. Dans le cas qui nous concerne ici, il y a une énorme différence entre une ligne « dure » indéplaçable est des lignes de bus flexibles à qui on peut faire faire des détours temporaires, comme on le fait faire à la 807 quand St-Jean est piétonne, par exemple.

      Ceci dit, il est vrai que les médias moussent l’affaire; c’est rendu qu’un mouvement de sourcil de Labeaume ou de Legault fait l’objet d’un article en ce qui concerne le tramway.

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      • « Le » lecteur assidu

        17 mars 2021 à 11 h 12

        @ Louis-Pierre Beaudry

        – Un ♥️ de +

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      • PPDaoust

        17 mars 2021 à 12 h 11

        Oui, moi je critique le drame supposé des commerçants. C’est cette enflure journalistique que je dénonce. Le Tramway est toujours un prétexte pour faire du minage à peu près inutile au bien commun.

        J’habite à côté de la place Limoloise. Je le vois de ma fenêtre. Oui je pense que la 4e avenue est une belle option alternative.

        Je ne pense pas qu’il fasse en faire un drame si la 3e est retenue. À part Limoilou en musique, le coin de rue n’est pas souvent fermé. Les chars demeurent rois. 360 jours par années. Limoilou en musique, c’est Limoilou en Vrac, donc il y a un intérêt qui dépasse l’intérêt citoyen.

        Quant à la place adjacente au Jean-Coutu, tout indique qu’il pourrait être préservée. Le Tramway pourrait même y ajouter une « vibe » intéressante.

        Avez-vous déjà regardé un spectacle assis dans les marche de l’école de cirque sur la 2e? C’est vraiment cool. Voilà un super bel espace de rassemblement alternatif. Le stationnement de l’école de lutherie serait également un site exceptionnel pour un festival. Enfin, vous savez également que Limoilove et le marché du dimanche se passe très bien de la place Limouloise.

        En somme, le tram sur la 3e serait dommage, mais pas une catastrophe pour les Limoulois, du moins ceux qui, comme moi, n’ont pas le piton panique sensible.

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      • Louis Utilisateur de Québec Urbain

        17 mars 2021 à 13 h 52

        Envol et Macadam a déja eu une scène au Parc Ferland (8e Avenue).
        À l’autre extrémité, le Parc du vieux passage au coin 1ere Ave et 4e rue pourrait être utilisé pour certains évènements.
        Bref, je suis d’accord avec PPDaoust: Ne plus pouvoir fermer le coin 3e Ave et Canardière est un inconvénient réel, mais il y a moyen de s’arranger autrement.

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  5. Louis-Pierre Beaudry Utilisateur de Québec Urbain

    17 mars 2021 à 14 h 15

    On est tout.e.s d’accord, alors! ;)

    Cette intersection est sous-exploitée dans son potentiel de lieu public. En ne l’utilisant pas, et dans son manque d’ambition, la rue piétonne à Limoilou était pathétique l’été dernier, par rapport à l’ampleur de la rue St-Jean, par exemple. Tout ça, en effet, pour préserver le trafic.

    Seulement, la première pelletée de terre a pas encore eu lieu, on peut donc espérer encore à des scénarios idéaux, autant du point de vue du tracé que dans la possibilité d’arracher des mains des seules SDC l’aménagement et l’occupation de nos places publiques (parce que on va se le dire qu’ils ont pas mal plus d’ascendance que les conseils de quartier…). Et surtout, il faut aussi pas se gêner de nommer le fait que cette administration municipale, autant que la CAQ, fonctionne en silo et en top-down, avec parfois des tonalités méprisantes.

    Malheureusement, dans une époque où la polarisation règne, il est difficile d’avoir des discussions nuancées… Récemment je me suis lancé dans le panier de crabe d’une nouvelle sur Radio-Canada. Inconsciemment, je devais chercher un prétexte pour recommencer une thérapie.

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