Sébastien Lord
Professeur titulaire
Université de Montréal
Dans The Conversation
Dans les discours publics comme dans les représentations sociales du vieillir, on associe fréquemment le grand âge à la dépendance à autrui, à la perte d’autonomie et à l’inactivité. Ces images simplistes masquent la diversité des expériences vécues par les personnes qui vieillissent et peuvent conduire à l’élaboration de politiques et d’interventions inadaptées, voire à des formes d’âgisme plus ou moins explicites.
Comme professeur d’urbanisme à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal, j’estime important de remettre en question les mythes autour des personnes aînées dans la ville. La recherche en aménagement et en études urbaines montre que la mobilité ne s’arrête pas avec la vieillesse : elle se transforme, elle s’adapte, elle reflète l’inventivité et la résilience des parcours de vie des personnes et de leurs réseaux.
Mythe 1 : « Avec la retraite, la vie devient tranquille »
L’idée que la retraite signe l’entrée dans une vie immobile et ralentie est trompeuse. Certes, l’arrêt du travail peut marquer un retrait de la vie sociale, avec moins d’obligations et de contacts. Mais dans plusieurs cas, être à la retraite c’est investir des activités davantage choisies et valorisées. Le concept de « dé-prise » illustre bien cette nuance : la retraite n’est pas un désengagement, c’est une réorganisation des priorités et des activités selon des intérêts et des contacts sociaux qui évoluent avec le passage des jours.
Plus concrètement, libérés des contraintes professionnelles, de nombreux retraités redéploient leur temps vers des loisirs, des engagements bénévoles, des voyages, ou simplement des activités quotidiennes plus ou moins diversifiées. Cette libération temporelle permet à certains d’augmenter leurs mobilités, qu’il s’agisse de marcher davantage, de faire du vélo, de fréquenter plus souvent les lieux publics, ou d’aller faire les courses seul ou accompagné.
Les sorties peuvent devenir moins nombreuses ou moins éloignées avec l’âge et la disparition des déplacements liés au travail, mais elles prennent une valeur accrue. La proximité des commerces, des services de santé ou des espaces verts devient alors centrale pour maintenir un mode de vie actif.
* Merci au lecteur qui nous a proposé cet article



22 février 2026 à 13 h 46
Il devient difficile de ne pas ressentir une certaine lassitude face à ces discours universitaires qui prétendent « déconstruire des mythes » sur la mobilité des personnes. Encore une fois, des chercheurs, souvent éloignés des réalités quotidiennes, expliquent à la population ce qu’elle croit à tort penser. Le ton est assuré, presque définitif : ce qui relevait hier d’une préoccupation légitime devient aujourd’hui un « mythe » à corriger.
Cette posture donne l’impression d’un savoir qui descend d’en haut, produit dans des bureaux et validé par des pairs, mais rarement confronté aux voix concrètes des personnes elles-mêmes. On parle d’elles, beaucoup. On les mesure, on les catégorise, on les analyse. Mais les entend-on vraiment ?
À cela s’ajoute un malaise plus diffus : et si ces publications ne répondaient pas seulement à un souci de vérité scientifique, mais aussi à d’autres logiques moins avouées ? Recherche de financement, volonté d’influencer les politiques publiques, besoin de visibilité institutionnelle, affirmation d’une expertise dans l’espace médiatique… Sans tomber dans le procès d’intention, il est permis de se demander si la « déconstruction des mythes » ne sert pas parfois à asseoir une autorité plus qu’à ouvrir un dialogue.
La fatigue ne vient pas d’un rejet de la recherche, mais d’un sentiment de décalage. À force de vouloir rectifier les perceptions « erronées » du grand public, certains discours académiques semblent oublier que l’expérience vécue est aussi une forme de connaissance. Entre la rigueur méthodologique et la réalité du terrain, il y a parfois un fossé que les articles savants peinent à reconnaître.
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