Nicolas Labrie
Aarchitecte
La Presse
À Québec, un promoteur refait ses calculs avant de déposer ses plans… À quel prix devra-t-il fixer ses logements pour que le projet tienne debout ?
Dernièrement, la crise du logement est devenue une crise d’abordabilité. Les logements sont juste trop chers. La réaction facile ? Montrer du doigt les promoteurs et les accuser de profits excessifs.
La vérité est plus complexe ; la régulation en fait partie. Ce mille-feuille de règles qui s’accumule dans l’immobilier finit par paralyser des projets et faire exploser la facture.
Des règles, il en faut. Mais à force de vouloir tout encadrer, on brise le marché.
Code du bâtiment, SCHL, critères bancaires, lourdeurs et délais municipaux : chaque exigence peut avoir sa logique. Le problème arrive quand on les empile. Les coûts montent, les projets deviennent plus difficiles à démarrer et les logements abordables, plus difficiles à construire.
Sans ce surplus de réglementation, jusqu’à 30 % plus de logements abordables pourraient voir le jour.
Revenons à notre promoteur.
Son terrain peut accueillir 80 logements compacts. Puis les exigences s’imposent : salles de bains plus grandes, couloirs plus larges, quota de deux et trois chambres, et j’en passe.
On refait la mathématique. Résultat : 52 logements.



21 septembre 2026 à 10 h 31
Excellent texte. Une réflexion qui tranche agréablement avec le chemin généralement emprunté par les chroniqueurs de La Presse.
Labrie met le doigt sur quelque chose qui manque souvent dans les débats sur l’aménagement : le pragmatisme.
On ne devrait pas construire la ville en fonction de la ville que l’on aimerait avoir, mais en fonction de celle qui existe réellement. Cela vaut évidemment pour le logement, mais s’applique également pour le transport. On peut souhaiter une ville où tout le monde se déplace à pied, à vélo ou en transport collectif, mais cela ne signifie pas que c’est réaliste pour tout le monde, partout, ni dans toutes les situations. Les infrastructures doivent accompagner les comportements et les besoins réels de la population, et non servir qu’à les nier progressivement.
(Revenons au logement avant de froisser les zélotes égocentrés du transport en commun érigé en remède universel aux maux de la ville.)
Donc, il faut accepter une réalité moins confortable : habiter dans une ville dense, bien située, avec accès aux services, aux emplois, aux commerces et aux infrastructures, est en soi un privilège important. Mais ce privilège vient avec certaines contraintes. La ville doit composer avec une réalité toute simple : l’espace y est limité et bientôt hors de prix, alors que le désir de disposer d’un logement suffisamment grand avec une cour, notamment pour les familles, est parfaitement légitime. Le défi n’est donc pas de nier l’une ou l’autre de ces réalités, mais de trouver un équilibre entre les deux.
Le véritable pragmatisme consiste justement à accepter ces contraintes plutôt qu’à chercher constamment à les éliminer. Une ville vivable n’est pas une ville qui correspond parfaitement à notre vision idéale. C’est une ville qui fonctionne suffisamment bien pour le plus grand nombre, en tenant compte de la réalité économique, territoriale et humaine qui la définissent naturellement.
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