Québec Urbain

L’Urbanisme de la ville de Québec en version carnet…


Pluie de millions pour planter des arbres

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 7 décembre 2020 14 commentaires

Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil

Peut-être l’avez-vous lu au cours des dernières semaines : la Ville accélèrera la cadence de plantation d’arbres pour engraisser la forêt urbaine, reboiser les quartiers centraux.
Comme le rapportait récemment le collègue Jean-François Néron, en sept ans, quelque 100 000 plants pourraient être repiqués. L’administration municipale répond ainsi aux doléances de résidents secoués par l’annonce de l’abattage de quelque 1701 arbres le long du trajet du futur tramway.

Au cours d’un long entretien virtuel avec Le Soleil, la conseillère municipale Suzanne Verreault, porteuse du dossier environnemental dans l’Équipe Labeaume, nous dit avoir été frappée par la réaction de ses concitoyens: «Le grand coup, ça été vraiment le trajet du tramway, lorsqu’on a parlé de la possibilité d’abattre 1701 arbres. […] On a senti que la population avait une très grande préoccupation.»

«On ne peut pas juste dire aux gens qu’on va couper 1701 arbres. Ça ne se fait plus, on n’est plus à cette époque.» Il faut expliquer et compenser.

Voilà pourquoi la Ville distribue ses dollars.

D’abord pour payer les 100 000 arbres à planter d’ici 2027 : «C’est 30 millions $ sur 7 ans qu’on va investir.»

Aussi, pour la création de la Chaire de recherche sur l’arbre urbain et son milieu à l’Université Laval : 2 millions $.

Puis, pour les propriétaires de la pépinière Moraldo, plantée depuis plus de 60 ans à l’extrémité ouest du chemin Saint-Louis. Ils toucheront 2,4 millions $ pour l’entreprise évaluée par la Ville à 770 000 $. On y fera de l’expérimentation et de la vulgarisation.

Pas de lien

Des débours qui n’ont rien à voir avec la difficulté éventuelle de respecter l’engagement pris dans la Vision de l’arbre 2015-2025, assure Mme Verreault. «Ce n’est pas parce qu’on craint ne pas atteindre notre objectif, […] ce n’est pas parce qu’on est convaincu qu’on va rater notre cible de 3%.»

Néanmoins, selon des documents officiels, la Ville fait face à des «défis importants» qui freinent l’atteinte de l’objectif «ambitieux» de passer de 32 % à 35% de couvert forestier dans le périmètre urbanisé de la capitale d’ici les 5 prochaines années. Voilà, entre autres, pourquoi on finance la chaire de recherche de l’Université Laval; on a besoin d’aide.

«Aujourd’hui, pour moi, c’est toujours possible d’atteindre ces cibles-là. […] Évidemment ça comporte de grands défis.»
À très très long terme

Aux côtés de Mme Verreault durant notre entretien virtuel, l’ingénieur forestier municipal Ghislain Breton ne s’accroche toutefois pas trop à l’engagement pris dans la Vision de l’arbre 2015-2025. Il regarde déjà bien plus loin quand il planifie l’évolution de forêt urbaine de Québec. «La foresterie, c’est du très très très long terme.»

Dix ans, dans la vie d’un arbre, c’est court.

Chef d’équipe – Développement et aménagement du territoire au Service de la planification, de l’aménagement et de l’environnement, Ghislain Breton compte plutôt en siècles. «Habituellement, les cycles forestiers se calculent sur une centaine d’années. La canopée que l’on voit aujourd’hui, ce sont les plantations des années 1930, des années 1950. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui ces arbres sont à maturité, sont à plein déploiement. […] Ce qu’on fait aujourd’hui, le résultat va se voir dans plusieurs années.»

Il est peu probable que la forêt urbaine de la capitale engraisse au cours des prochaines années, même du 3% promis dans la Vision de l’arbre 2015-2025. En fait, la canopée de Québec pourrait rétrécir.

«Dans le contexte actuel, avec l’agrile en particulier, je ne suis pas convaincu que cet objectif va être atteint. […] Ça va être extrêmement difficile», évalue le professeur Jean-Claude Ruel, de la faculté de foresterie de l’Université Laval et cotitulaire de la Chaire de recherche sur l’arbre urbain et son milieu créée grâce à un financement de 2 millions $ de la Ville. Il est un des rares spécialistes en foresterie urbaine.

«Même juste de maintenir la canopée» serait surprenant.

La volonté ne manque pas dans les officines de la Ville, observe-t-il. La nature est cependant parfois plus forte que l’humain.

À commencer par le «fléau» de l’agrile du frêne, cet insecte qui tuera pratiquement tous les arbres de l’espèce. «Il va y avoir des pertes importantes au niveau de la canopée», avertit-il. «L’impact de l’insecte se fait à vitesse grand V.»

Des frênes, à Québec, il y en a des dizaines de milliers. Autour de 200 000.

«La Ville arrête complètement les plantations de frênes, mais il y a des quartiers complets où le frêne est l’espèce dominante.» Ils vont mourir.

La Ville sait et tente d’étirer la vie des plus vigoureux le temps que de faire pousser d’autres arbres. «[C’est] pour ne pas vivre une grande déforestation urbaine d’un coup», explique l’élue Suzanne Verreault.

La suite

Voir aussi : Arbres, Environnement.


14 commentaires

  1. Antoine

    7 décembre 2020 à 08 h 03

    Des mesures simples :
    Obliger toutes les résidences à avoir 3 arbres en facades avant ou plus selon la dimension du lot, sans quoi une taxe verte ajoutée

    Obliger toutes résidences à avoir un minium d’arbres

    Ëtre plus vigilant sur les résidents qui coupent des arbres n’importe quand

    Réviser à la baisse les nombres de cases commerciales pour planter des ilots d’arbres

    Faire des plantations massives et cesser de jouer au fonctionnaire ( la spécialité du Québec )

    Planter des arbres dans les bandes centrales des autoroutes ( pourquoi il n’y a aucun arbres le long de la Capitale )

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    • PPDaoust

      7 décembre 2020 à 10 h 47

      « Planter des arbres dans les bandes centrales des autoroutes ( pourquoi il n’y a aucun arbres le long de la Capitale ). »

      Je pense que c’est à cause des feuilles tout bêtement, Ça tombe l’automne et avec la pluie ça peut-être rendre la chaussée dangereuse quand on roule dessus à grande vitesse.

      Si vous êtes cycliste, vous avez remarqué que la ville brosse chaque matin d’automne les bandes cyclables majeures et les pistes fréquentés. C’est à cause des feuilles sur lesquelles il est très dangereux de rouler à vélo.

      En Argentine, j’ai remarqué que leurs autoroutes sont souvent bordés de grands arbres (magnifiques d’ailleurs), mais leurs feuilles ne tombent pas d’un coup.

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      • « Le » lecteur assidu

        7 décembre 2020 à 10 h 57

        🔸 En rajout à votre dernier paragraphe

        À moins que ce ne soit plus le cas, j’ajoute à votre propos le :
        ✳️ Garden State Parkway (New-Jersey, USA)

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      • Max.

        7 décembre 2020 à 15 h 35

        On peut toujours utiliser des conifères.

        Il y a des échangeurs autoroutiers énormes complètement vides. Il doit bien avoir un moyen de planter une dizaine des sapins à une distance sécuritaire de la chaussée et qui ne bloquent pas la vision pour l’entrée ou la sortie.

        Le parc industriel a aussi un potentiel énorme de verdissement.

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      • Che

        8 décembre 2020 à 13 h 47

        « À moins que ce ne soit plus le cas, j’ajoute à votre propos le :
        ✳️ Garden State Parkway (New-Jersey, USA) »

        Très bel exemple. L’autoroute est bordée d’arbres au maximum. On ne voit pas la ville sauf dans les endroits fortement peuplées. En banlieue, il n’y a pas de vue sur les de stations d’essence et les centres d’achat. Juste des arbres.

        Je crois qu’au Québec, les autoroutes ont été construits en majorité dans des zones agricoles, ce qui fait que le terrain était déjà défriché.

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  2. Antoine

    7 décembre 2020 à 12 h 13

    Y a des milliers de routes en pleine foret…:)

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    • Insider

      7 décembre 2020 à 13 h 10

      Il me semble qu’il y a quand même moyen de trouver un compromis pour accomoder les cyclistes. Entre la forêt ( où la densité des humains est moins élévée ) et l’océan de parking à ciel ouvert de Lebourneuf il y a une grande marge de manoeuvre permettant de satisfaire tout le monde.

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    • PPDaoust

      7 décembre 2020 à 13 h 24

      S’il n’y en a pas autant que vous le souhaiteriez, ça a beaucoup rapport avec la sécurité. Sur des voies rapides à haut débit, les enjeux de cette nature y sont beaucoup plus importants que sur les routes de campagne.

      Des arbres, il s’en plante à titre de murs végétaux contre le vent à certains endroits au Québec, mais dans les bandes centrales, ce serait assez idiot merci. Outre les danger de rentrer dedans lors d’une sortie de route, ces bandes reçoivent l’hiver beaucoup d’eau contaminée. Des arbustes résilients peuvent y survivre, mais des arbres? Que dire du boul d ela Capitale dont les voies sont la plus grande partie de sa longueur séparés par un parapet de béton

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      • Antoine

        7 décembre 2020 à 13 h 45

        Faut voir alors pourquoi beaucoup d’autoroutes américaines sont totalement plantées… à un moment donné faut aussi être logique. C’est pas une rangée d’arbres au centre qui change grand chose… regardez la 20…

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      • Insider

        7 décembre 2020 à 13 h 59

        @ Antoine

        Pas très urbain la 20. ;-)

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      • « Le » lecteur assidu

        7 décembre 2020 à 15 h 05

        @ PPDaoust

        🔸 ➕ 1

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      • PPDaoust

        7 décembre 2020 à 16 h 05

        Même ici Antoine.

        Par exemple, les 2 sens de la 73 en Beauce est séparée d’un boisée à distance sécuritaire des voies. Certaines parties de la 40 aussi.

        Mais la distance entre les voies contraires sur la 20 est trop petites. C’est un fossé rempli d’eau et de jolies quenouilles. Tu plantes pas d’arbres là-dedans me semble.

        Je commence à avoir mal à la tête.

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  3. kranko09 Utilisateur de Québec Urbain

    7 décembre 2020 à 16 h 52

    Et pourquoi pas planter des conifères alors?

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    • Che

      8 décembre 2020 à 13 h 51

      C’est certain qu’il y a une question de coût. Au delà de celui de plater les arbres, il faut probablement mettre un garde-fou pour éviter que les autos viennent percuter ces arbres dans la médiane.

      La genre de grosse médiane en « V » dans le milieu d’une autoroute est le moyen le moins couteux afin d’éviter des accidents entre les deux chaussées. Par contre, ça prend beaucoup de place et ce n’est pas très beau.

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