Québec Urbain

L’Urbanisme de la ville de Québec en version carnet…


Tramway: quand le «deal» ne tient plus

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 23 février 2021 6 commentaires

François Bourque
Le Soleil

Un principe de base en négociation est l’art de l’écoute. Laisser l’autre s’exprimer sans l’interrompre, chercher à comprendre ses attentes et besoins, se rappeler d’où il vient et ce qu’il recherche.
Je ne dis pas que cela a fait défaut dans les discussions sur le tracé du tramway entre le maire Régis Labeaume et le ministre des Transports, François Bonnardel.

D’ailleurs comment le saurions-nous? Plusieurs des rencontres des derniers mois ayant eu lieu en tête-à-tête, sans témoins et souvent sans documents échangés.

Cela montre les limites des conversations personnelles et confidentielles qui sont parfois utiles pour dénouer des crises, mais placent les négociations à la merci des perceptions de l’un et de l’autre.

Pour peu que ça se complique, ça devient la parole de l’un contre celle de l’autre. La trahison de l’un contre celle de l’autre.

«On ne peut plus fonctionner comme ça», a convenu M. Labeaume, lors d’une conférence de presse où il s’est senti le devoir de rétablir la «vérité»

Le maire de Québec était parti pour le congé des Fêtes avec la perception d’avoir une «entente de principe» avec le ministre Bonnardel, pour qui il a toujours eu des mots positifs.

M. Bonnardel avait-il cette même perception? S’agissait-il d’une vraie «entente» ou d’une hypothèse à explorer?Il nous le dira peut-être un jour, mais pour l’heure, on l’ignore.

S’il y a vraiment eu entente, comme l’a perçu le maire, cela signifie que le gouvernement aurait changé d’idée pendant la période des Fêtes. Reste à voir pourquoi.

Ou alors, c’est que le ministre Bonnardel n’a pas réussi à convaincre ses collègues députés et ministres, incluant le premier ministre Legault, des mérites de l’entente avec le maire

Ce ne serait pas si étonnant, sachant les divisions au sein du gouvernement sur le projet de tramway de Québec.

Au regard des attentes exprimées par la CAQ depuis l’automne, le «deal» de fin d’année avec le maire peut en effet sembler bien mince. Voici pourquoi:

1- Les attentes de la CAQ

Depuis l’automne (et avant) le gouvernement de la CAQ a dit vouloir mieux desservir les banlieues tout en respectant le budget initial.

En cours de route, des élus et leurs «fantômes» ont plaidé pour que le tramway (ou un trambus) se rende à D’Estimauville. (M. Labeaume a parlé de fantômes pour décrire ceux qui expliquent en coulisse aux journalistes les tenants et aboutissants des choses).

Ces élus et fantômes ont aussi exprimé leurs réticences à un tramway jusqu’à la rue Legendre à Cap-Rouge, faisant valoir que l’achalandage n’y est pas suffisant pour un mode de transport aussi lourd et coûteux.

On peut être en désaccord avec la posture et les arguments du gouvernement. Dénoncer le deux poids deux mesures entre le tramway de Québec et le REM de Montréal pour qui le gouvernement a allongé plus d’argent.

Je ne me suis pas privé de le faire au cours des derniers mois.

Mais que ce soit pour des motifs qui nous paraissent valables ou pas, les attentes de la CAQ ont été claires : mieux servir les banlieues (sauf celle de l’ouest, à la rue Le Gendre).

2- Le «deal» entre Labeaume et Bonnardel

«L’entente de principe» dont a parlé le maire était en fait un accord donné par la ville à une proposition du ministre Bonnardel.

Elle consistait à raccourcir de quelques kilomètres la ligne de tramway vers Charlesbourg et à réaffecter les 220 M $ économisés à des voies réservées d’autobus vers le Nord.

Dans cette «entente», le terminus de Le Gendre était maintenu et il n’y avait pas de desserte de d’Estimauville, à moins que le gouvernement consente à une hausse de budget.

Peu après la conversation entre MM Labeaume et Bonnardel, le directeur général de la Ville de Québec a écrit au sous-ministre des Transports (la note est datée du 3 décembre 2020).

«Ci-joint, comme entendu, notre compréhension des orientations discutées et des prochaines étapes. Comme convenu, je te laisse le soin de la préparation d’une rencontre à cet effet pour en discuter».

Suit une liste des ajustements requis pour concrétiser l’entente et une liste de nouvelles demandes financières et suggestions.

Il est proposé notamment de demander à Hydro-Québec d’accorder une contribution de 100 M $ pour l’électrification du projet.

Je ne dis pas que la proposition de la ville était déraisonnable, mais à sa face même, l’entente n’était pas complètement attachée et répondait bien peu aux attentes exprimées jusque là par la CAQ.

On ne s’étonne donc pas que quelques jours plus tard, une source «fantôme» soit revenue à la charge dans un entretien avec mon collègue Olivier Bossé pour plaider contre un tramway jusqu’à l’avenue Le Gendre.
Si entente de principe il y avait eue, elle avait déjà du plomb dans l’aile avant même les vacances des fêtes.

La Ville de Québec a plaidé depuis des années qu’il était impératif d’amener le tramway à Legendre parce que c’est le seul endroit où il y a assez de terrain pour aménager l’atelier d’entretien des tramways.

Dans l’hypothèse où le gouvernement coupe ce tronçon, il faudra bien trouver de l’espace ailleurs.

Dans une précédente chronique, l’automne dernier, j’avais émis l’hypothèse, d’utiliser des terrains à l’angle de la Canardière et de Henri-Bourrassa. Ce n’est pas sur le circuit actuel du tramway, mais si le gouvernement décide d’aller à D’Estimauville, ce sera pile sur le Le secteur avait d’ailleurs déjà été ciblé pour un garage dans une précédente version du tramway. J’avais alors écrit : «Si j’avais à parier aujourd’hui, c’est sur ce scénario que je mettrais mon argent».

Trois mois plus tard, je maintiens mon pari.

La chronique

Voir aussi : Projet - Tramway, Projet - Troisième lien, Transport, Transport en commun.


6 commentaires

  1. Jeff M

    23 février 2021 à 08 h 53

    « Mieux servir les banlieues » a été un branding groteste qui ne colle à aucune réalité dans ces négociations. Y’en a qui n’aimeront pas lire ça, mais le seul qui a été transparent, c’est Labeaume . Les députés de la CAQ doivent se déchirer entre eux et ont n’est pas à l’abri de rebondissements tant qu’ils ne se seront pas mis d’accord.

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  2. Yannick Chouinard Utilisateur de Québec Urbain

    23 février 2021 à 11 h 09

    C’est de plus en plus évident que le gouvernement de la CAQ va tuer le projet de réseau de transport structurant de la ville de Québec et détourner ce qu’il restera du projet – le tunnel sous la colline – pour le coupler avec le projet du 3e lien. Avec une bonne part du budget s’y rattachant bien entendu. Le discours sur la desserte des soi-disant banlieues, ce n’est que de l’esbroufe pour mettre de l’eau dans le gaz dans le projet du maire et lui mettre de la pression sur son avenir politique. Une fois Labeaume écarté, il n’y aura plus de porte-parole audible pour défendre le projet.

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    • PPDaoust

      23 février 2021 à 13 h 19

      « détourner ce qu’il restera du projet – le tunnel sous la colline – pour le coupler avec le projet du 3e lien »

      Catherine McKenna n’y verra que du feu.

      « Une fois Labeaume écarté, il n’y aura plus de porte-parole audible pour défendre le projet. »

      En tout cas j’ai vu ce midi Étienne Grandmont à la Place Limouloise avec Radio-Canada. À l’écoute des réponses d’Étienne, le journaliste fermait les yeux et hochait la tête de haut en bas. Des défenseurs du projet, il va en rester en masse selon moi, médias inclus, même ceux de Montréal.

      Mais bon, il faut croire que nos cerveaux respectifs ne sont pas programmés pareil!

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  3. michel

    23 février 2021 à 12 h 30

    La ville est propriétaire de trois terrains contigus à l’angle d’Henri-Bourassa et de la Canardière. Ces trois terrains font plus de deux fois la superficie nécessaire pour y implanter le Centre d’entretien et d’exploitation du tramway (environ 40000 m2), actuellement prévu à Legendre.

    Lot nord (25585 m2)
    Lot centre (14029 m2)
    Lot sud (45797 m2)

    Ces trois lots viennent tout juste d’être dépollués. Ils font partie des quinze terrains actuellement dans la mire du projet du Littoral Est.

    Voici ce qu’on peut lire dans le document « Projet de zone d’innovation Littoral Est » d’août 2020 :

    « En 2035, la Zone d’innovation Littoral Est sera un carrefour de classe mondiale, regroupant des entreprises, des centres de recherches et des institutions œuvrant essentiellement dans les domaines de la mobilité-logistique intelligente du transport (transport intelligent et multimodal), la santé durable et les technologies propres urbaines ».

    Y implanter le Centre d’entretien et d’exploitation du tramway ferait donc du sens.

    **

    Ceci dit, à la question :
    « La CAQ va-t-elle proposer un tramway en partance de D’Estimauville? »
    on pourrait ajouter la sous-question suivante :
    « Si oui, passera-t-il par la 18e Rue jusqu’à ExpoCité ou par des Capucins et Charest Est? »

    Cette sous-question est importante dans la mesure où il serait très compliqué, voire impossible, selon le maire, d’y faire entrer le tramway dans le tunnel s’il fallait qu’il passe par des Capucins et Charest Est.

    Sauf que faire passer le tramway par des Capucins permettrait de relier le palais de justice, la SAAQ et la gare du palais, mais aussi plusieurs terrains de la future zone d’innovation.

    La premier tracé du tramway de 2010 prévoyait emprunter des Capucins et Charest Est. Si la CAQ s’apprête à faire de même, c’est peut-être qu’elle a en tête d’utiliser Charest Ouest pour se rendre à Sainte-Foy…

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  4. Pierre Tremblay Utilisateur de Québec Urbain

    23 février 2021 à 14 h 44

    « le seul qui a été transparent, c’est Labeaume » Le projet de tramway était celui de madame Guérette dont le parti a été presque rayé de la carte. Si Labaume avait eu l’aval de la population dans sa dernière réélection il aurait plus de poids dans ses revendications comme ce fut le cas pour le Centre Vidéotron. Comme tout parti politique la CAQ aspire à être réélue et elle perçoit une division dans la population concernant le projet. Ultimement elle doit souhaiter pouvoir repousser sa décision après les prochaines élections municipales.

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  5. richard cloutier

    23 février 2021 à 18 h 36

    Mon cher Michel votre lecture que vous faites sur la canardière retardera le projet de 2 ans et ce n’est pas dans la banlieue de Québec.

    Avez-vous écouté Monsieur Genest qui soit dit en passant a plus de compétence que vous et moi ? Changer l’emplacement ne se fait pas entre 2 napkins et les consortiums iront faire des projets ailleurs au canada et nous devrons repartir à zéro pour 2 ans.

    Quel est la meilleure solution ? faire le projet actuel en phase 1 et phase 2 à d’Estimauville un peu plus tard.

    Ne pas oublier que l’argent du fédéral se termine en 2023 et après, il sera trop tard pour Québec. C’est difficile de faire des gros projets à Québec, ce qui semble plus facile à Montréal malgré que le BAPE n’était pas favorable au projet et les milliards pleuvent à Montréal avec un budget sans limite.

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