Québec Urbain

L’Urbanisme de la ville de Québec en version carnet…


Mon quartier, mon village

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 30 avril 2017 16 commentaires

Christian Savard
Directeur général de Vivre en ville

La Presse +
Opinion

Durant les 15 dernières années, mon travail m’a amené partout au Québec pour y donner des conférences ou travailler avec des urbanistes, des élus, des architectes, des citoyens sur l’aménagement des milieux de vie.

Partout, une chose fait l’unanimité, le désir d’avoir accès à pied aux services du quotidien – épicerie, école, CPE, restaurant… Que ce soit en pensant à nos enfants, à nos aînés ou à notre propre qualité de vie, nous gardons tous le rêve d’un quartier à échelle humaine, que nous voyons comme un village dans la ville, comme un ancrage à notre identité de proximité. Dans nos villes maintenant outrageusement dominées par les déplacements automobiles, que devrait-on trouver à distance de marche dans le quartier ? C’est quoi, le minimum requis ? Je propose trois lieux essentiels.

D’abord, l’école. Pourquoi ne deviendrait-elle pas au quartier ce que l’église a déjà été ? Une école qui ne serait pas réservée aux élèves, mais deviendrait le cœur de la communauté. Une école où se trouverait aussi un CPE, pour éviter les déplacements multiples aux parents. Une école qui proposerait des locaux communautaires pour accueillir les créatifs, les sportifs et les engagés. Une école dont la beauté architecturale marquerait le quartier. 

Pour créer cette école – milieu de vie, deux écueils sont à éviter. D’une part, c’est au cœur du quartier qu’elle doit s’installer – pas à sa périphérie, sur un terrain ingrat que les promoteurs ont bien voulu céder. D’autre part, il faut résister à la tentation qui se répand des méga-écoles de quatre à cinq classes par niveau, dont le bassin de clientèle est bien trop vaste pour permettre les déplacements à pied.

Ensuite, les commerces du quotidien. L’épicerie, la pharmacie, le café, le restaurant du coin, quelques services de base – et pourquoi pas la SAQ ? – devraient être accessibles à pied pour la vaste majorité de la population. Pourquoi devrait-on dépenser un litre d’essence pour acheter un litre de lait ? Pour y arriver, nous devons remettre en question le modèle des épiceries à 20 caisses ; il faut que les villes osent reprendre en main la planification de l’espace commercial.

Pour éliminer les déserts alimentaires, il est probablement nécessaire de limiter la taille des épiceries, pour en répartir trois au cœur des milieux de vie au lieu d’une seule installée en périphérie. Une petite révolution à mener au Québec, mais l’Allemagne le fait déjà ! Avec l’épicerie suivra tout le reste…

Enfin, comme troisième lieu essentiel, je propose, en plus des espaces publics formels et aménagés, de préserver dans nos quartiers des milieux naturels semi-civilisés. Des lieux un peu sauvages, où les enfants pourraient rejouer la guerre des tuques : ruisseau, butte, ravine, ruelle broussailleuse. Avantage collatéral : ces milieux deviendront des refuges de biodiversité et nous offriront, petits et grands, les bienfaits du contact avec la nature. Au-delà des modules de jeu sagement alignés, pas de quartier sans champ de bataille ni cachette secrète où se salir un peu !

Pour des quartiers qui ont de la personnalité et où il fait bon vivre, nous devons aussi redonner leurs lettres de noblesse à l’architecture et à l’aménagement « banals ».

À côté du grand geste architectural iconique, il faut former et valoriser d’excellents architectes et urbanistes du quotidien. De ceux qui distilleront de la petite beauté ordinaire. Des professionnels qui sauront ramener le design au coin de la rue, créer des quartiers auxquels s’identifier, travailler pour l’efficacité et la simplicité de la vie de tous les jours.

Le lien

Voir aussi : Art de vivre en ville, Étalement urbain, Initiatives citoyennes, Les commerces de ma ville, S'inspirer d'ailleurs.


16 commentaires

  1. Insider

    30 avril 2017 à 10 h 27

    Qui ne souhaite pas échanger une piscine et un patio pour un milieu de vie de ce genre? Un quartier plus dense permettrait aux petites écoles et aux commerces de proximité de survivre. Même pour les couples sans enfant ce milieu de vie serait agréable ne serait-ce que pour cette raison:
    « Une école qui proposerait des locaux communautaires pour accueillir les créatifs, les sportifs et les engagés. »

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  2. Michel Haineault

    30 avril 2017 à 11 h 36

    Val-Jalbert au Lac-Saint-Jean était un exemple d’une petite communauté autonome (début 20e siècle) où, en plus de l’usine, on y retrouvait tous les services, ainsi qu’un cadre naturel intéressant.
    Nos « besoins », devenus depuis un gouffre sans fin, et la spécialisation du travail qui en découle font que cet idéal n’est plus possible. On ne peut pas pour ces deux raisons organiser l’aménagement du territoire d’une ville de la taille de Québec de façon à offrir à tous et chacun un milieu de vie où tout se trouverait à distance de marche (travail, services, commerces, loisirs, parcs, etc.). On aurait beau recommencer à zéro, on en reviendrait vite à la situation actuelle. D’où les arbitrages actuels qui font toujours des mécontents …
    Bien sûr, à très petite échelle (ex. les écoquartiers), on peut s’y rapprocher.

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    • Insider

      30 avril 2017 à 13 h 07

      « On ne peut pas pour ces deux raisons organiser l’aménagement du territoire d’une ville de la taille de Québec de façon à offrir à tout un chacun un milieu de vie où tout se trouverait à distance de marche (travail, services, commerces, loisirs, parcs, etc.). »

      Votre affirmation ne tient pas la route pour un secteur de la ville.

      Dans un secteur où c’était le cas, il n’y a pas si longtemps c.-à-d. les quartiers centraux les décisions vont à l’encontre des petits entrepreneurs en imposant un fardeau fiscal intenable pendant qu’avec cet argent on subventionne généreusement les gros joueurs du marché.

      Tout ça pour nous permettre de jouer à la ville gonflable avec Montréal, pour nourrir l’ego surdimensionné d’un maire et satisfaire
      quelques borderline débiles légers qui sévissent à la radio?

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      • Michel Haineault

        30 avril 2017 à 14 h 19

        La plupart des gens ne sont pas prêts à parcourir plus de quelques centaines de mètres à pied pour leurs activités quotidiennes. Vous connaissez un endroit où, dans un rayon disons de 500 mètres, on retrouve tout ce dont on a de besoin (travail, école, garderie, épicerie, pharmacie, clinique médicale, centre de loisirs, bibliothèque, parc, etc.) ?
        Le modèle d’aménagement actuel donne encore toute la place à l’automobile, ce qui est à bien des égards complètement irresponsable.
        Pour les gens des quartiers centraux, c’est-à-dire les plus environnementalement responsables, il y a encore beaucoup à faire pour qu’on puisse parler pour la plupart d’entre eux d’une qualité de vie décente. Plus d’espaces verts, de pistes cyclables et de transports en commun, entre autres ; et moins d’autoroutes, d’îlots de chaleur, et tous ces autres désagréments que leurs procurent les banlieusards qui se comportent souvent comme si tout leur était dû …

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      • Gérald Gobeil Utilisateur de Québec Urbain

        30 avril 2017 à 15 h 45

        « La plupart des gens ne sont pas prêts à parcourir plus de quelques centaines de mètres à pied pour leurs activités quotidiennes. Vous connaissez un endroit où, dans un rayon disons de 500 mètres, on retrouve tout ce dont on a de besoin (travail, école, garderie, épicerie, pharmacie, clinique médicale, centre de loisirs, bibliothèque, parc, etc.) ? ».

        J’habite le quartier Montcalm et dans un rayon évidemment un peu plus grand que celui proposé, j’ai tout ça plus 2 hôpitaux.

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      • Jean Cazes

        30 avril 2017 à 16 h 05

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      • Anne-MarieLaroche

        30 avril 2017 à 17 h 18

        Montcalm ! À distance de marche, je peux accéder à tout ce que je peux désirer et plus encore (banque, épicerie, restaurants, SAQ, pharmacie, parc, cinéma, cliinique médicale, dentiste, lunetterie, vêtements, chaussures et tutti quanti). Sans compter les spectacles gratuits au kiosque Edwin Bélanger, les expositions au Musée. Bref, le plus beau quartier de la ville !

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      • Insider

        30 avril 2017 à 17 h 25

        Il m’arrive même de préférer marcher 3 ou 4 km au lieu de prendre l’autobus. Le critère de 500 m est bien exigeant. Je m’accommoderais bien de tout ça à moins de 2 km si ce n’est pas hostile aux piétons comme par exemple sur Lebourgneuf dans le secteur délimité par Pierre-Bertrand/Bouvier/Lebourgneuf.

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    • Michel Haineault

      30 avril 2017 à 18 h 25

      Montcalm ? Vous voulez dire ce quartier de la haute où on s’est opposé récemment à la venue d’un indésirable de 3e classe, le SPOT, et où on déplore l’actuel tracé du SRB par le désertique et mal foutu boulevard Charest de la basse, parce que cela lui serait, on le devine bien, beaucoup plus commode et payant ($) de le voir passer sur René-Lévesque ? C’est de ce Montcalm que vous me parlez ?
      Dois-je faire mon mea culpa pour avoir oublié de dire que dans les quartiers où se regroupent des plus fortunés que la moyenne, il y a toujours plus de ceci et de cela qui rend la vie plus agréable et permet d’affirmer qu’il est possible d’avoir en pleine ville quelque chose qui ressemble à la vision utopique qui nous est rapporté dans ce billet ? Bien sûr, il y a toujours des exceptions à une règle générale. Le problème, c’est que ce ne sont jamais des quartiers comme Saint-Sauveur qui en profitent. Je me demande bien pourquoi …
      Gauche caviar !

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      • Gérald Gobeil Utilisateur de Québec Urbain

        30 avril 2017 à 19 h 36

        Décidément … si vous ne vouliez pas de réponses à votre question (La plupart des gens ne sont pas prêts à parcourir plus de quelques centaines de mètres à pied pour leurs activités quotidiennes. Vous connaissez un endroit où, dans un rayon disons de 500 mètres, on retrouve tout ce dont on a de besoin (travail, école, garderie, épicerie, pharmacie, clinique médicale, centre de loisirs, bibliothèque, parc, etc.) ?), c’est réussi !

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      • Michel Haineault

        30 avril 2017 à 21 h 07

        Lorsqu’on me sort un cas d’exception comme le quartier Montcalm, et ce après avoir écrit « Pour les gens des quartiers centraux, (…), il y a encore beaucoup à faire pour qu’on puisse parler POUR LA PLUPART D’ENTRE EUX d’une qualité de vie décente. » …
        Ceci dit, je vous rappelle qu’il y a quelqu’un sur ce blog qui ne fait que s’exprimer et s’amuser …

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      • Marc Guy

        1er mai 2017 à 08 h 15

        ne pas oublier les quartier centraux des anciennes ville un exemple a l’ombre du moulin des jesuites de charlesbourg le walkscore est aussi tres avantageux audessus de 70
        https://www.walkscore.com/about.shtml

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      • Michel Haineault

        1er mai 2017 à 11 h 02

        Merci pour le lien.
        Pour info, voici les indices de walkabilty pour les 12 villes canadiennes dont la population dépassait les 500 000 habitants en 2016 :
        Vancouver 78
        Toronto 71
        Montréal 70
        Mississauga 59
        Ottawa 54
        Winnipeg 53
        Edmonton, Hamilton, Surrey 51
        Québec 49
        Calgary, Brampton 48

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      • Insider

        1er mai 2017 à 12 h 11

        Pour faire un lien avec l’autre billet sur l’Écoquartier d’Estimauville le Walk Scrore de ce secteur est 12!

        Dans le secteur que je citais dans Lebourgneuf (Pierre-Bertrand/Bouvier/Lebourgneuf) le Walk Scrore est 47.

        Cet indice ne tient pas compte parfaitement du niveau d’hostilité que vivent les piétons car pour le secteur dans Lebourgneuf c’est guère mieux que d’Estimauville et j’écris en connaissance de cause pour avoir fréquenter les 2 secteurs sur une base régulière.

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      • Seb

        2 mai 2017 à 12 h 23

        Le Vieux-Limoilou, est un exemple parfait!

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  3. urbanoïd

    30 avril 2017 à 15 h 55

    Ovation!

    La fiscalité désuète de la ville de Québec assassine les commerces de proximité en favorisant l’étalement aux frais de certains secteurs.

    En reportant la facture de taxes (une maison) sur la superficie du terrain:
    Vieux-Québec : 60 $ / mètre carré
    St-Jean-Baptiste : 45 $
    Ste-Foy : 45 $
    St-Sauveur : 30 $
    St-Roch : 27 $
    Sillery : 27 $
    St-Sacrement : 26 $
    Limoilou: 11,50 $
    Haute-St-Charles : 11 $
    Charlesbourg: 3,50 $
    Beauport: 2,50 $

    Bien sur, ces chiffres ne sont pas objectifs. J’ai choisi un terrain au hasard et j’ai divisé la facture de taxes par la superficie du terrain. Toutefois, ça permet de mettre en relief le déséquilibre de certains secteurs et comprendre l’échec de la densification à Québec.

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