Québec Urbain

L’Urbanisme de la ville de Québec en version carnet…


L’entrevue – L’architecture comme projet de société

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 27 juin 2011 4 commentaires

Isabelle Porter
Le Devoir


Le créateur Pierre Thibault veut faire d’un immeuble de Québec une vitrine de l’architecture durable

Québec — Après s’être illustré comme concepteur de «maisons nature» qui se fondent dans la forêt, l’architecte de Québec Pierre Thibault s’est trouvé une nouvelle vocation: réinventer l’habitation en ville.

«Imagine si tous les toits devenaient des terrasses avec des coins potagers. Les gens s’enverraient la main d’un toit à l’autre!», lance cet idéaliste de 51 ans.

Partisan d’une architecture épurée, souvent faite de bois et recourant beaucoup à la lumière, Pierre Thibault s’est fait connaître pour ses projets au style très scandinave, voire zen. On lui doit notamment la nouvelle abbaye des moines de Val Notre-Dame qui lui a valu un prix d’excellence en architecture.

Passionné, il a la réputation de s’investir beaucoup dans ses projets. Et tout laisse croire que le nouveau ne dérogera pas à la règle. Le Québec, dit-il, devrait faire en architecture ce qu’il a fait en santé et être «distinct» du reste de l’Amérique du Nord. «J’aimerais qu’on devienne un peu plus danois, les Danois de l’Amérique du Nord», dit-il à propos du pays où, l’hiver, on déneige les pistes cyclables avant les routes…

Gagné depuis longtemps aux vertus du vélo et de la marche, l’architecte est révolté par ce qu’il observe au Québec. «J’espère qu’on va arrêter de se tirer dans le pied. Depuis 50 ans, on favorise des autoroutes. L’avenir est à faire de l’habitat en ville qui demande peu d’énergie, qui est agréable et près des services.»

Des appartements nouveau genre

L’habitation citadine l’a toujours intéressé, mais il n’avait pas de clients. Or voilà que le vent tourne. «J’ai fait plusieurs petites maisons à la japonaise sur le Plateau. Celle de Jean Lemire [l’explorateur], par exemple, fait 20 pieds sur 20 pieds sur trois étages, avec des trous et une terrasse sur le toit. Les gens entrent là-dedans et disent qu’ils trouvent ça grand, alors que c’est tout petit!»

Le sujet l’inspire tellement qu’il a décidé de servir lui-même de cobaye à de nouvelles façons de faire. Avec un groupe d’amis, il a acquis un immeuble dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, au centre-ville de Québec, pour y aménager des appartements nouveau genre. «Je veux que ça serve de vitrine pour montrer aux gens que c’est possible, à des prix pas trop élevés.»

Pour gagner de l’espace, les résidants pourront partager une salle de séjour et des chambres d’amis. Un grand escalier «convivial» favorisera les rencontres, une fenestration généreuse au sud permettra des économies d’énergie et on maximisera les espaces verts.

«Parce qu’on est en ville, on pense à tort qu’on ne peut pas avoir un contact avec la nature», déplore-t-il, citant en exemple son expérience d’un appartement en plein coeur de Milan où les résidants partageaient une cour et un grand arbre autour duquel ils se retrouvaient avec bonheur.

Quelque chose de romantique

La vision qu’a Pierre Thibault de la vie en ville a quelque chose de romantique. «On n’est pas la même personne suivant l’endroit où on habite», dit-il en opposant «celui qui vit en banlieue et prend son auto pour aller acheter une pinte de lait», et l’autre, en ville, qui «marche, s’arrête dans un café, croise des collègues et a un vrai échange».

L’architecte dit même cultiver le «fantasme» d’avoir un jour un café, un «lieu d’échanges et de rencontres», avec son agence d’architecture à l’étage. L’habitation de l’avenir, insiste-t-il, n’en sera pas axée sur la solitude. Ce n’est pas pour rien, d’ailleurs, que les instigateurs du premier projet de «cohabitat» au Québec ont fait appel à lui pour concevoir leur projet d’habitation, comme le rapportait Le Devoir mercredi dernier. Ce modèle d’inspiration scandinave cadre parfaitement avec l’idéal qu’il défend.

«Au Japon, ils ont calculé que les gens qui habitent dans des immeubles où il n’y a pas d’ascenseur vivent plus longtemps. Même chose pour ceux qui ont un potager et qui sont socialement intégrés à une communauté», souligne-t-il.

Pour lui, l’architecture, c’est bien plus que du bâti, «c’est le baromètre ultime de l’expression de nos valeurs». Engagé dans toutes sortes de débats, il a notamment siégé au comité créé par l’administration du maire Régis Labeaume pour penser le développement de la ville de Québec pour les vingt prochaines années.

Se disant «chanceux» et «comblé», Pierre Thibault fait partie de la minorité d’architectes québécois qui peuvent se permettre de dire non aux projets qui ne les inspirent pas. Aussi dit-il avoir atteint une étape dans sa carrière où il veut redonner.

Des modèles standardisés

Pour lui, il n’y a plus de doute: les bouchons de circulation qui accablent nos villes sont l’occasion de revoir complètement notre manière de vivre. «L’habitation en ville va regagner en faveur grâce à ça», avance-t-il.

Il trouve néanmoins qu’on ne valorise pas suffisamment la «création» en architecture et qu’on laisse encore les promoteurs nous imposer des modèles standardisés, froids, des projets rentables, mais tous pareils. Dans le manque d’espace en ville, il voit une invitation à l’innovation. «On a trop valorisé l’idée voulant que si tu n’as pas de contrainte tu vas faire de la meilleure architecture», dit-il en citant de nouveau le Japon en exemple.

Avec de «petits espaces», les Japonais arrivent à faire des «lieux chaleureux qui ne sont pas oppressants», observe-t-il. «Ils ont toutes sortes d’astuces en matière de design, ils travaillent beaucoup en verticalité avec de petites mezzanines, des escaliers délicats.»

Il suggère que le gouvernement soutienne «la valeur ajoutée» de la création en architecture par des incitatifs financiers. «On pourrait, par exemple, donner aux gens la possibilité de déduire [de leurs impôts], pendant cinq ans, la moitié des honoraires de leur concepteur.»

Pour lui, la discussion ne fait que commencer. Il a d’ailleurs décidé d’organiser à l’automne des rencontres publiques à Québec (le 20 septembre) et à Montréal (le 20 octobre), dans le but d’«éclairer des gens qui aimeraient contribuer à développer leur propre habitat urbain». Parions que l’on n’a pas fini d’en entendre parler…

Voir aussi : Architecture urbaine, Arrondissement La Cité-Limoilou, Québec La cité.

La fontaine de Champlain

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 25 juin 2011 3 commentaires

Une autre capsule historique signée cette fois par M. José Doré, un grand merci.

Dans le répertoire des toponymes de la ville de Québec, on mentionne à propos de la rue du Petit-Champlain que celle-ci est à l’origine un sentier qui mène à la fontaine Champlain.
Source

Mais où était donc cette fontaine? Et que savons-nous sur elle?

Le Centre d’archives de Québec de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec possède quelques documents confirmant l’existence de cette fontaine. L’un des plus anciens est un acte de concession daté du 18 octobre 1655.

Acte de concession par Jean de Lauson (Lauzon), gouverneur de la Nouvelle-France, à Jean LeGobloteur et René Chevalier d’un emplacement en censive de trente pieds de front sur le quai de Québec, en la Basse-Ville, à dix perches de la fontaine Champlain en descendant, allant pour la profondeur depuis le pied du cap aux Diamants jusqu’à la grève . – 18 octobre 1655
BANQ, Centre d’archives de Québec, R1,P15

Un plan de la ville de Québec de 1685-1686 situe la fontaine de Champlain dans l’anse du Cul-de-Sac, sous le Jardin du Gouverneur.

Carte des Environs de Quebec en La Nouvelle France Mezuré sur le lieu très exactement en 1685 et 86 par le Sr Devilleneuve Ingénieur du Roy.
Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans, GE SH 18 PF 127 DIV 7 P 4

Carte des Environs de Quebec en La Nouvelle France Mezuré sur le lieu très exactement en 1685 et 86 par le Sr Devilleneuve Ingénieur du Roy.
Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans, GE SH 18 PF 127 DIV 7 P 4

En 1730, la fontaine de Champlain est mentionnée dans un procès-verbal de chaînage et bornes d’une terre.

Procès-verbal de chaînage et bornes d’une terre située près du jardin du gouverneur de la Nouvelle-France, descendant vers le fleuve et tirant vers la fontaine Champlain, donnant sur la rue du Mont-Carmel, sur la rue Sainte-Geneviève et sur la rue des Grisons (allant à la Citadelle) dans la ville de Québec. La présente pièce concerne directement: la fabrique de l’église cathédrale Notre-Dame-de-Québec; Jacques Pagé dit Quercy (Quarcy, Carcy), marguillier en charge de l’église cathédrale Notre-Dame-de-Québec; le sieur Perthuis, marguillier en charge de l’église cathédrale Notre-Dame-de-Québec (arpenteur Noël Bonhomme dit Beaupré) . – 13 juillet 1730 – 15 juillet 1730
BANQ, Centre d’archives de Québec, CA301,S2,P355

Dans un document de 1727 et un autre de 1753, on parle de la rue de la Fontaine de Champlain. Est-ce que la fontaine était toujours présente en 1753?

Ordonnance de l’intendant Dupuy qui condamne les sieurs Desauniers (Desaulniers) et Delorme à une amende de cent livres applicable moitié au couvent des Pères Récollets et l’autre moitié à la communauté des Soeurs de la Congrégation pour avoir, au mépris des ordonnances, commencé la construction d’une écurie en bois à l’endroit qui fait l’encoignure de la rue Sous-le-Fort avec la rue de la fontaine Champlain, à Québec, et avoir négligé de prendre alignement du grand voyer ou de ses commis . – 20 novembre 1727
BANQ, Centre d’archives de Québec, E1,S1,P1960

Cause entre le sieur Foucher fils, propriétaire d’une maison sise rue Fontaine Champlain, demandeur, et Charles Turgeon, défendeur ; mention d’un billet en date du 22 août 1753 ; ledit défendeur est condamné à payer au demandeur la somme de 120 livres, en plus des intérêts et des dépens liquidés à 15 sols . – 11 septembre 1753
BANQ, Centre d’archives de Québec, TL1,S11,SS1,D102,P75

En 1888, monsieur P.-B. Casgrain publie dans Le Canada-Français, une revue publié sous la direction d’un comité de professeurs de l’Université Laval, un article sur « La Fontaine de Champlain à Québec ». Le premier paragraphe commence comme suit : « Il y a quelques temps, un archéologue demandait dans un journal de Québec où était la fontaine de Champlain. On sait que cette fontaine est mentionnée assez fréquemment dans les anciens documents ; mais la tradition ne nous en donne pas l’endroit précis. » L’auteur poursuit en disant : « Comme personne n’a répondu à cette demande, je vais essayer de le faire. »
Source : P.-B. Casgrain, « La fontaine de Champlain à Québec», Le Canada-Français, une revue publiée sous la direction d’un comité de professeurs de l’Université Laval, 1888, p.466-470.

D’après monsieur Casgrain, la fontaine aurait été située derrière le 2252, rue du Petit-Champlain, propriété des héritiers Hossack.

Cette direction me menait droit à la propriété numérotée 2252 au cadastre, laquelle je constatai appartenir aux héritiers Hossak. Je m’enquis de l’un d’eux, M. William Hossak, citoyen bien connu à Québec, si une fontaine existait sur ce terrain., et il me confirma dans l’exactitude de mes déductions, en me disant que de fait il y avait là une belle fontaine, d’un usage constant et immémorial, à laquelle lui et les enfants d’école de son âge se plaisaient à aller se désaltérer souvent avant que l’eau de l’aqueduc fût introduite dans la cité.

Monsieur Casgrain termine son article en nous informant qu’il est allé examiner les lieux et y a trouvé une source d’eau.

J’allais peu après l’examiner, accompagné de mon frère, l’abbé H.-R. Casgrain. C’est une source d’une température froide, mais qui ne gèle point l’hiver. Elle a été minée dans le pied du roc vif, et elle est abritée sous un appenti adossé lui-même à un fort mur de revêtement, qui couvre le pied du cap et a été élevé comme protection contre les éboulis de la côte.

Un plan de la ville de Québec de 1879 situe le numéro de cadastre 2252.

Atlas of the city and county of Quebec : from actual surveys, based upon the cadastral plans deposited in the office of the Department of Crown Lands
Henri Whitmer Hopkins
BANQ, G/1144/Q4G475/H6/1879 CAR

Atlas of the city and county of Quebec : from actual surveys, based upon the cadastral plans deposited in the office of the Department of Crown Lands
Henri Whitmer Hopkins
BANQ, G/1144/Q4G475/H6/1879 CAR

Aujourd’hui, cette propriété appartient à La coopérative des artisans et commerçants du quartier Petit Champlain. Ces derniers possèdent les immeubles 66 à 78, rue du Petit-Champlain.


Carte interactive de la ville de Québec

À quand une visite des lieux?

José Doré
Consultant en histoire et patrimoine

Voir aussi : Histoire.

Maisons en rangée: vivre «collés-collés»

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 25 juin 2011 2 commentaires

Laurie Richard
Le Soleil

(Québec) Les terrains en ville se font de plus en plus rares et de plus en plus chers. Les familles qui veulent vivre dans la cité, tout en ayant encore des sous en poche pour pouvoir en profiter, se tournent vers les petites parcelles de terre bien situées. Quitte à vivre collés-collés avec leurs voisins.

La suite

L’exemple européen

De la verticale à l’horizontale… de la campagne à la ville

Voir aussi : Architecture urbaine, Résidentiel.

Un dépôt volontaire de matières recyclables fermé

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 24 juin 2011 6 commentaires

Source : Jean-François Cliche, Le Soleil, 23 juin 2011

Charlesbourg vient de perdre un deuxième dépôt de matières recycla­bles, avec la fermeture de celui des Galeries Charlesbourg. Le man­que de civisme de certains utilisateurs, qui s’en servaient littéralement comme d’un dépotoir, a eu rai­son de la patience du propriétaire des lieux, qui hébergeait gratuitement les conteneurs de la ville.

Il s’agit du second dépôt de ce ty­pe à fermer en deux ans à Charlesbourg. En mai 2009, celui de l’avenue Loiret avait été fermé parce que, là aussi, certai­nes person­nes en faisaient un usage abusif. (…) Québec travaillant maintenant à implanter des cont­eneurs semblables dans tous les immeubles de logements, les dépôts communs sont vraisemblablement appelés à disparaître.

Lire l’article

Voir aussi : Arrondissement Charlesbourg, Environnement.

La maison Soumande-Delorme

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 23 juin 2011 Commentaires fermés sur La maison Soumande-Delorme

Une autre capsule historique gracieuseté de M. Pierre Dubeau.

La maison Soumande-Delorme dans le vieux Montréal associée par erreur a la maison des cent-Associés à Québec.

Sur ce plan des archives nationales d’outre-mer à Aix-en-Provence: Maison de la Compagnie [des Indes à Québec] vers 1750

Source

De fait, il s’agit plutôt de la maison Soumande-Delorme dans le vieux Montréal, construite par Paul Tessier dit Lavigne.

Source: Mario Lalancette, historien Musée Canadien d’architecture.

« À partir de 1728, Paul Tessier entreprendra des travaux de maçonnerie pour des maisons de pierre. Il acquerra rapidement une excellente réputation de maître maçon et tailleur de pierre. Après avoir bâti quelques maisons pour des artisans, il gagnera des clients chez les grands marchands de la ville. Parmi ceux-ci, il faut nommer le négociant François Soumande dit Delorme pour lequel Tessier construira une élégante maison de pierre à deux étages, avec des caves voûtées de brique, sur la rue Capitale en 1735. Cas presque unique, un dessin du plan et de la façade de cette maison du XVIIIe siècle a été conservé. D’autres contrats importants suivront, dont en 1749, celui de la construction des Magasins du roi, dans le quartier militaire (site actuel de l’ensemble Faubourg Québec). En pierre, à deux étages et demi, avec deux caves voûtées et mesurant 120 par 40 pieds français, le bâtiment sera le plus grand immeuble civil construit à Montréal pendant le Régime français. Le chantier nécessitera l’engagement d’un main-d’œuvre incluant des maçons, des journaliers et des charretiers. Tessier aura alors 48 ans. »

Source

A la bibliothèque de l’université Laval, ce plan restauré par P.M. O’Leary porte le titre: Plan de la maison des cent-Associés à Québec, Canada 1639.

Source

Voir aussi : Histoire.

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