Québec Urbain

L’Urbanisme de la ville de Québec en version carnet…


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Les coûts secrets du projet du Phare

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 27 avril 2021 6 commentaires

François Bourque
Le Soleil

Depuis deux ans, j’ai cherché à obtenir copie des études ou analyses sur l’évaluation des coûts à la charge de la ville de Québec pour le projet Le Phare (rebaptisé depuis Humaniti).
J’avais en tête les coûts des réseaux d’aqueduc et d’égout, du réseau routier à refaire, des connexions au transport public et des enjeux de sécurité publique (protection incendie).

Je pensais aussi aux coûts du pôle d’échanges Ste-Foy (qui a depuis été relocalisé) et aux terrains qu’il faudrait exproprier pour réaliser les travaux d’infrastructures autour du Phare.

La Ville de Québec a dit non et Groupe Dallaire, qui avait préparé une partie des documents que je demandais, a dit non aussi.

Le 2 avril 2019, j’ai demandé à la Commission d’accès à l’information (CAI) de réviser cette décision.

Trois auditions (d’abord sur place, puis à distance) ont été tenues, entrecoupées de COVID et de plusieurs remises ou demandes de remises pour des motifs pas toujours convaincants.

Cette fois par exemple où un avocat a demandé une autre remise parce qu’il n’avait pas réussi à ouvrir un Cd-Rom. Son entreprise planifie un gratte-ciel de 65 étages, mais n’arrive pas à trouver les ressources techniques pour ouvrir un enregistrement. La demande a cette fois été refusée.

Deux ans se sont donc écoulés et la juge administrative Guylaine Giguère vient de rendre sa décision : demande de révision rejetée.

La décision est finale et sans appel quant aux faits.

L’information que je cherchais à obtenir concerne l’entente ville-promoteur que Québec et Groupe Dallaire était à négocier au printemps 2019.

Des ententes de même nature sont signées lors de tous les projets qui impliquent un partage des coûts d’infrastructures entre la ville et un promoteur.

Dans le cas du Phare, je soupçonnais que les coûts seraient importants, vu l’ampleur du projet et des travaux requis autour du site de l’ancienne Auberge des Gouverneurs (coin Lavigerie/boulevard Laurier).

Il était déjà connu à l’époque que les réseaux municipaux (eaux usées, aqueduc, routier) n’avaient pas la capacité pour un projet d’une telle envergure.

J’ai eu la naïveté de penser que cette information était d’intérêt public. Je le pense toujours, mais à l’évidence, ça ne suffit pas.

Ces informations ne seront pas accessibles avant la conclusion d’une entente éventuelle entre la ville et le nouveau promoteur Cogir.

Reste à voir quelle part de l’information pourrait alors devenir accessible. Dans tous les cas, l’encre sera sèche sur les contrats et il ne sera plus possible de changer quoi que ce soit au projet.

Il importera peu alors que des citoyens, groupes ou élus puissent trouver que le projet (Phare-Humaniti) implique un coût public trop élevé pour le bénéfice que pourrait en tirer la ville.

La Loi sur l’accès à l’information vise (en théorie) à favoriser l’accès aux documents publics.

Mais elle prévoit aussi une (longue) liste d’exceptions pour lesquelles une administration peut refuser l’accès.

La ville de Québec avait invoqué 6 articles d’exception (22, 23, 24, 27, 37 et 39) pour refuser l’accès aux documents qui décrivent l’ampleur des coûts publics pour le projet Le Phare.

La CAI a analysé la réponse de la ville pour trois de ces articles (22, 23 et 39). Vu les conclusions auxquelles elle arrivait, la juge Giguère a estimé qu’il n’était pas nécessaire de poursuivre l’analyse pour les trois autres articles.

Article 22

L’article 22 permet de refuser l’accès à des renseignements financiers ou techniques si leur divulgation peut nuire à une négociation. Ou risque de causer une perte à la ville ou de procurer à quelqu’un d’autre un avantage appréciable.

Cet article vise à assurer l’équilibre entre le principe de transparence des administrations publiques et les forces économiques du marché, rappelle la juge Giguère.

J’avais plaidé que les informations demandées étaient déjà connues de la ville et du promoteur Dallaire et que leur divulgation ne pouvait donc pas nuire à la négociation.

Peut-être pas à cette négociation-là. Mais divulguer des évaluations de terrains pourrait nuire aux négociations avec d’autres propriétaires et causer une perte pour la ville, a conclu la CAI.

Article 23

L’article 23 permet à un tiers (ici le Groupe Dallaire) de refuser que soient divulguées des informations commerciales, financières ou techniques détenues par une administration publique, mais qui lui appartiennent et qui ont un caractère «confidentiel»

On parle ici d’estimés de coûts de travaux pour l’ajout d’aqueduc, le réaménagement de rues, l’acquisition de terrains, etc.

La CAI as reconnu le caractère confidentiel de ces informations.

Article 39

L’article 39 permet de refuser l’accès à un document d’analyse jusqu’à la décision finale dans un dossier.

Après avoir examiné les documents que je demandais, la CAI a estimé qu’il s’agissait bien d’analyses produites dans le cadre d’un processus décisionnel encore en cours.

Ce processus n’est d’ailleurs toujours pas terminé, aucune entente de partage des coûts n’ayant encore été signée entre la ville et le promoteur Cogir.

***

Me voici donc Gros-Jean comme devant. Et vous aussi par le fait même. Pas plus avancé qu’au jour de ma demande initiale, en mars 2019.

Combien va coûter à la ville le projet Humaniti qui a succédé au Phare?

La hauteur de la tour principale a été réduite de 65 étages à 53. Mais il est prévu trois autres tours à 31, 31 et 40 étages, ce qui reste une densité considérable pour cet îlot.

On parle toujours d’y loger un hôtel ainsi que 1151 unités de logement, 453 condos, des espaces commerciaux et de bureaux, etc. Les infrastructures municipales n’ont pas été conçues pour une telle intensité.

Les villes font souvent valoir que les grands projets rapportent des taxes nouvelles.

Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas si vrai qu’il y paraît.

Si un promoteur construit, c’est parce qu’il croit que son projet répond à un besoin et qu’il y a un marché pour les pieds carrés qu’il planifie.

Les pieds carrés qui ne se construiraient pas sur un îlot se construiront ailleurs et rapporteront les mêmes taxes à la ville.

L’opportunité d’un projet ne se mesure pas uniquement aux revenus de taxes qu’il procure à la ville.

L’impact sur la circulation et sur la qualité de vie du voisinage me semble beaucoup plus important.

Le projet, même revu un peu à la baisse, continue de pose un défi d’acceptabilité sociale. Le Programme particulier d’urbanisme (PPU) «négocié» avec les citoyens à l’époque (2021) avait fixé le seuil à 30 étages sur cet îlot. En passant outre, la ville remet en cause la crédibilité de son propre PPU.

***

Dans un marché d’édifices à bureaux fragilisé par la pandémie, concentrer autant de pieds carrés sur un seul îlot risque de repousser des projets qui auraient pu naître sur d’autres îlots vacants du boulevard Laurier et de la route de l’Église.

Ces îlots vacants sont des nuisances quand on veut donner vie à une artère et y développer le plaisir d’y aller marcher, comme l’administration Labeaume dit vouloir le faire dans le nouveau centre-ville de Sainte-Foy.

***

Derrière (ou devant) le Phare, il y avait cette idée d’un repère fort à l’entrée de la ville et d’un message que Québec entrait dans les ligues majeures du gratte-ciel. Pour pas exagérer, disons la Ligue Américaine.

Il me semble que cette vision d’un monde où «sky is the limit» a pris du plomb dans l’aile avec la pandémie. On a davantage envie de parcs, de jardins et d’échelle humaine que de projets immobiliers démesurés.

Et raison de plus si le projet doit coûter un bras en infrastructures publiques. J’aurais aimé pouvoir y mettre un chiffre. Ce sera pour une autre fois peut-être. Après une prochaine demande d’accès.

J’attendrai cette fois que le contrat soit signé. Ce sera plus difficile de dire non.

L’administration municipale, si c’est toujours la même qui est aux commandes, sera rassurée et sans doute satisfaite : il sera trop tard. Trop tard pour nuire à «leur» projet, aussi controversé soit-il.

Drôle de conception de la démocratie, mais la Loi sur l’accès permet qu’il en soit ainsi.

Oui à l’information pour écrire l’histoire à retardement, mais non si ça déplaît à un partenaire d’affaires de la ville ou si ça risque d’influencer une décision publique en gestation.

Lors de la première audition, en octobre 2019, j’ai entendu deux fois un témoin de la ville expliquer que la divulgation des informations serait «inconfortable». On préférait attendre la conclusion du contrat final.

C’est en effet moins confortable quand les enjeux sont connus du public que si on négocie de façon discrète à l’abri des regards.

La CAI n’a pas relevé cette remarque que pour ma part, j’avais trouvée révélatrice et significative.

Au-delà des considérations légales légitimes, les administrations publiques ont souvent cette inclinaison à rester discrètes et confortables, plutôt que d’affronter le débat public comme il conviendrait pourtant en démocratie.

L’article

Voir aussi : Arrondissement Ste-Foy / Sillery / Cap-Rouge, Commercial, Condo, Logement locatif ou social, Projet - Le Phare de Québec.

Pancarte du projet Kozi

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 18 avril 2021 1 commentaire

Pancarte annonçant le projet Kozi à cet endroit sur le chemin Ste-Foy.

Le Kozi.

Merci à Paradiso pour le lien.

Voir aussi : Arrondissement La Cité - Haute-ville, Condo.

200 condos sur 23 étages sur le terrain voisin de Alt Québec

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 15 avril 2021 4 commentaires

Source : Jean-Michel Genois Gagnon, Journal de Québec, le 15 avril 2021

Le promoteur ACERO revoit à la hausse son projet envisagé sur le boulevard Laurier. De dix étages, la tour dans les plans de l’entreprise devrait maintenant passer à 23 étages, a appris Le Journal.

Ces derniers mois, la direction d’ACERO et ses partenaires ont décidé d’abandonner l’idée d’ériger sur le terrain voisin de l’Hôtel Alt Québec un édifice de bureaux après le refus d’un important client potentiel. ACERO vise maintenant la construction de plus de 200 condos sur ce site de 22 000 pieds carrés ainsi que l’aménagement d’espaces commerciaux au rez-de-chaussée de la tour. La nouvelle mouture du projet prévoit aussi un stationnement souterrain.

« Nous avions quand même réussi à louer deux étages, mais nous n’étions pas capables de passer le cap du 50 % [de location nécessaire pour démarrer le chantier] », explique le président d’ACERO, Benoît Raymond. « Ce n’est pas que les gens n’aimaient pas l’endroit. Le problème était plutôt le nombre de cases de stationnement disponibles pour les employés », poursuit-il.

Ce dernier ne cache pas que les impacts de la pandémie ont eu des répercussions sur le marché des immeubles de bureaux. Il est toutefois d’avis que cette situation devrait se résorber après la COVID-19. Il assure qu’il ne s’agit pas de la raison principale derrière ce changement de cap.

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Voir aussi : Arrondissement Ste-Foy / Sillery / Cap-Rouge, Condo.

Projet Le Maguire: état des travaux

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 11 avril 2021 Commentaires fermés sur Projet Le Maguire: état des travaux

Le Maguire

Voir aussi : Arrondissement Ste-Foy / Sillery / Cap-Rouge, Condo, Logement locatif ou social.

La folie dans l’immobilier résidentiel perdure à Québec

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 7 avril 2021 Commentaires fermés sur La folie dans l’immobilier résidentiel perdure à Québec

Jean-François Tardif
Le Soleil

La tendance observée lors des derniers mois se poursuit. Le marché immobilier résidentiel de la région métropolitaine de recensement de Québec (RMR) est toujours en pleine ébullition. Non seulement un nouveau record de transactions pour un mois de mars a été établi (1339 ventes) mais de plus, le prix médian des maisons unifamiliales a connu une progression de 19 %, du jamais vu à Québec, où il se situe maintenant à 317 567 $.

«Pour un deuxième mois consécutif, la copropriété compte pour un tiers des transactions à Québec, soit un dixième record de ventes résidentielles d’affilée», remarque Charles Brant, directeur du Service de l’analyse du marché. «La hausse des prix, due à la rareté des unifamiliales sur le marché, contribue à convaincre les vendeurs potentiels de mettre leur propriété sur le marché, ce qui explique le record des nouvelles inscriptions d’unifamiliales et l’augmentation des ventes de copropriétés.»

Les dernières statistiques publiées par l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ) mercredi sont étourdissantes. Elles ont confirmé que plus que jamais, le marché immobilier résidentiel de la RMR de Québec était à l’avantage des vendeurs. Mars 2021 aura aussi été synonyme de records à Québec.

Dans le détail, les chiffres dévoilés par l’APCIQ indiquent que les ventes totales dans le marché immobilier résidentiel dans la RMR de Québec ont augmenté de 18 % en mars 2021. Pendant cette période, 461 copropriétés ont été vendues (+ 77 %) et 94 plex (+ 42 %), deux nouvelles marques. Les unifamiliales ont cependant constitué une exception. Sept-cent quatre-vingt-trois ont changé de propriétaires, soit une baisse de 2 % au niveau des ventes, une deuxième diminution consécutive.

L’article

Voir aussi : Condo, Résidentiel.

Un entrepreneur promet d’éliminer les «verrues» de la rue Saint-Paul

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 31 mars 2021 1 commentaire

Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil

Aujourd’hui, nous vous offrons un quatre pour un dans le cadre de notre série. Quatre propriétés du Vieux-Port ayant une valeur historique, toutes mal en point c’est le moins que l’on puisse dire. Et toutes rachetées par un même entrepreneur qui promet d’éliminer d’un coup ces «verrues» de la rue Saint-Paul, à coup de millions de dollars.

QUELQUES VESTIGES DÉSOLANTS

Dans cette rue touristique faite de petits restos, d’antiquaires et de galeristes, le quatuor négligé détonne.

De la première propriété, apparue en 1820, il ne subsiste presque rien; un incendie a porté le coup de grâce au 141, rue Saint-Paul fin 2017. Le terrain est sommairement clôturé, un grand placard publicitaire annonce un nouveau projet immobilier.

De la seconde, au 196, il ne reste que la façade! À l’arrière, l’immeuble érigé vers 1860 a été rasé. Une structure temporaire de béton et de métal soutient le seul mur de vieilles pierres encore debout.

La troisième, au 209, est très abîmée. Cette maison jaune de 1847 a reçu quelques soins d’urgence pour éviter l’effondrement, mais on attend le véritable traitement-choc.

La quatrième, finalement, au 213, rue Saint-Paul, témoigne du passé plus industriel du quartier. Durant près de 60 ans, le bâtiment a logé un atelier de gravure. Mais il a été démoli il y a déjà plus de cinq ans. Récemment, une grande fondation de béton a été coulée sur le lot… sans qu’on sache avec précision ce qui poussera dessus. Le propriétaire est engagé dans un bras de fer avec le ministère de la Culture qui a refusé toutes les versions de son projet soumises jusqu’ici.

PRÊT À CONSTRUIRE «IMMÉDIATEMENT»

Au téléphone, l’homme d’affaires Nicolas Paradis laisse transparaître son exaspération. Il a des plans pour les quatre propriétés et se dit prêt à construire «immédiatement»… si le ministère de la Culture lâche du lest.

C’est que les fonctionnaires n’apprécient pas les dessins architecturaux présentés pour les 209 et 213, rue Saint-Paul. Au début du mois, le patron de l’entreprise G Paradis a encaissé une autre rebuffade : «Nous vous informons que le Ministère n’a pas l’intention d’accorder l’autorisation tel que demandé.»

Puisque nous sommes dans le site patrimonial du Vieux-Québec, inscrit à la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, cette autorisation est essentielle.

Nicolas Paradis s’affiche ferme : si ses plans ne sont pas approuvés, les quatre constructions seront sur la glace. «C’est un projet global.»

Hébergement touristique

Voilà déjà un petit moment que l’entrepreneur tente de s’implanter sur la rue Saint-Paul. Il a fait parler de lui dans les médias parce qu’il désire une cinquantaine de logements touristique de type Airbnb à l’adresse 196.

Le dossier passait toutefois mal, des citoyens se plaignaient du manque de logements pour des résidents. Et la Ville a limité le développement de ce type d’hôtellerie dans le secteur.

M. Paradis a fait une offre. «J’ai dit : “Acceptez mon changement de zonage. Et si vous acceptez, je m’engage, moi Nicolas Paradis, à acheter tous les autres immeubles et à faire un projet d’ensemble”.»

«Je leur disais que j’allais me porter acquéreur des verrues urbaines qu’il y avait sur la rue Saint-Paul pour les raviver, pour les reconstruire. […] Je vais tout arranger votre rue comme il faut.»

Raviver Saint-Paul

Le concept Raviver Saint-Paul était né. Quatre lots, quatre bâtiments : 45 appartements touristiques, un restaurant, quatre locaux commerciaux, 27 logements en location longue durée.

Nicolas Paradis conçoit, construit puis gère ses immeubles. Sans donner le détail du budget, il offre une évaluation : «Une fois les projets faits, on peut parler d’une valeur d’une trentaine de millions $»

213, RUE SAINT-PAUL

Le 213, rue Saint-Paul a été démoli après le départ de Gravure Universelle en 2014. Le promoteur n’a pas encore obtenu l’autorisation du ministère de la Culture pour construire dessus.

«Dans années 50-60, c’était quasiment toutes des industries dans le Vieux-Québec», se remémore Simon Guay. «On aimait bien l’emplacement.»

Nous l’avons joint à Saint-Jean-Chrysostome. C’est là que Gravure Universelle est déménagée en 2014. Avant, cependant, son entreprise brassait des affaires au 213, rue Saint-Paul.

Son père avait installé sa «shop» là en 1958. Le fils a commencé à y bosser au milieu des années 80. À l’époque, se souvient-il, il y avait plusieurs ateliers dans le quartier, des compagnies maritimes aussi, même un marchand d’armes à feu.

Puis, le tourisme s’est développé, les bâtiments ont été retapés, des boutiques différentes ont fait leur apparition. «Ce n’était plus adéquat pour une industrie.»

Simon Guay est donc parti trouver plus d’espace sur la Rive-Sud, plus près de sa résidence. Peu après son départ, le 213, rue Saint-Paul a été démoli.

LE PROJET: Nicolas Paradis voit ici un immeuble de 6 étages comptant 21 logements et 2 commerces. La construction envelopperait la maison jaune du coin de la rue Saint-Thomas. Même qu’une partie de l’immeuble neuf serait érigée en porte-à-faux par-dessus le 209, rue Saint-Paul. C’est ce qui déplaît au ministère de la Culture qui bloque le projet. M. Paradis, lui, invoque des normes de construction, plaide que ces étages au-dessus de la maison patrimoniale la protégeraient de la neige. La fondation est coulée, mais il manque l’autorisation du ministère pour poursuivre. «J’avais commencé les travaux, mais je vais être obligé d’arrêter très très bientôt. […] Si dans deux, trois semaines je n’ai pas de solution, je vais être obligé d’arrêter, c’est sûr.»

Le ministère de la Culture n’a pas répondu à nos questions avant la publication de cet article.

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209, RUE SAINT-PAUL

Cette maison jaune de 1847 a reçu quelques soins d’urgence pour éviter l’effondrement, mais on attend le véritable traitement-choc.

La maison jaune de trois étages de l’intersection des rues Saint-Paul et Saint-Thomas a droit à une fiche au Répertoire du patrimoine culturel du Québec.

Elle n’a toutefois pas hébergé de personnage de renom ni été au cœur de grands événements. Sa valeur réside plutôt dans son âge (1847), peu d’immeubles du secteur étant plus vieux, explique la Ville de Québec dans son Répertoire du patrimoine bâti.

«L’immeuble est plutôt sans histoire», lit-on. «Il a cependant accueilli durant son premier siècle d’existence des activités de restauration au rez-de-chaussée, dont le restaurant Globe de 1880 environ à 1943, qui était une véritable institution de ce quartier portuaire. Le bâtiment a aussi été témoin de la période de grande effervescence commerciale du port au 19e siècle, puis de son déclin au profit des activités industrielles et, enfin, de la réhabilitation du Vieux-Port à partir des années 1980 avec la venue du marché et de la consolidation de la fonction résidentielle et récréotouristique.»

En 2011, Dominique Albernhe a acheté la propriété qui a été endommagée par un incendie au cours des années suivantes. Elle a ensuite dénoncé l’intransigeance de la Ville qui refusait la démolition et l’érection d’un hôtel, notamment.

LE PROJET: «Je me suis engagé à restaurer le 209, Saint-Paul, à le remettre sur pied.» Nicolas Paradis a acheté le bâtiment et l’a retapé en partie. Notamment en reconstruisant des planchers et en stabilisant la fondation. S’il convainc le ministère de la Culture, le rez-de-chaussée accueillera une galerie d’art, dit-il. Deux ou trois logements seraient aménagés aux étages.

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196, RUE SAINT-PAUL

Le 196, rue Saint-Paul avait été construit en 1860.

En 1860, Georges-Honoré Simard rachète les parts de ses associés afin de devenir l’unique propriétaire du moulin à plâtre Quebec Plaster Mill, apprend-on dans cet historique diffusé par la Ville de Québec.

Il a embauché le célèbre architecte Charles Baillargé pour concevoir, juste à côté, un bâtiment où installer le magasin et les bureaux. De cet édifice, il ne subsiste plus que la façade, au 196, rue Saint-Paul.

D’aucuns se souviendront qu’un restaurant de fruits de mer a déjà logé sur le lot, mais du côté du bassin Louise. Nous avons retrouvé des photos du Poisson D’Avril et de La Cabane qui ont occupé le local ouvrant sur la rue Quai Saint-André.

LE PROJET: Il y aura un nouveau restaurant ici, si le plan du promoteur Nicolas Paradis se concrétise. Le Clandestin, c’est son nom, sera accessible par les deux faces de l’immeuble, rue Saint-Paul et rue Quai Saint-André. Il offrira un décor de l’époque de la prohibition, selon le prospectus promotionnel. Dessus seront aménagés 45 appartements touristiques. La clientèle cible sera des entreprises qui cherchent un logis pour des employés, durant un à trois mois environ. Mais il sera aussi possible de louer pour une nuit. À la Ville, la conseillère en communication Audrey Perreault confirme que les opposants au projet, qui avaient contacté Le Soleil, n’étaient pas assez nombreux pour l’organisation d’un référendum; donc, le zonage a été modifié et M. Paradis pourra demander un permis de construction pour son établissement de type Airbnb.

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141, RUE SAINT-PAUL

Le 141, rue Saint-Paul, tel que veut le construire le promoteur Nicolas Paradis.

La maison Tremain-Stuart a été érigée en 1820 par l’entrepreneur maçon James Stuart, à la demande du promoteur immobilier Benjamin Tremain.

Au fil des ans, entre autres, un notaire, un épicier, un ferblantier puis un cordonnier devinrent successivement propriétaires. D’ailleurs, dans Le Soleil du 10 janvier 1966, on relate un vol à main armée survenu chez le cordonnier Blouin du 141, rue Saint-Paul. Les deux bandits masqués avaient ligoté l’homme; «[Ils] ont raflé le contenu de la caisse, soit environ 40$».

La maison a changé de main plusieurs fois. Puis a défrayé la manchette parce que laissée à l’abandon durant de nombreuses années. Quand elle a brûlé, en décembre 2017, la Ville de Québec envoyait des avis d’infraction et des amendes depuis cinq ans pour dénoncer le manque d’entretien et la salubrité douteuse. En 2015, un expert avait recommandé sa démolition. Une entreprise l’avait acquise après l’incendie pour y aménager des lofts touristiques, mais le projet est tombé.

LE PROJET: Le permis de construction a été octroyé, confirme Audrey Perreault, de la Ville. Il est question d’un nouvel immeuble. Il y aura un commerce au rez-de-chaussée et trois logements aux étages supérieurs. Le bail commercial n’a pas encore été signé, note Nicolas Paradis.

Le 196, rue Saint-Paul aura une façade sur la rue Quai Saint-André. Quelque 45 appartements touristiques et un restaurant seront construits.

Le dernière version de l’immeuble que veut ériger l’entrepreneur sur le 213, rue Saint-Paul. Une partie se trouve au-dessus de la maison jaune du coin.

L’article

Voir aussi : Arrondissement La Cité-Limoilou, Commercial, Condo, Histoire, Logement locatif ou social, Patrimoine et lieux historiques.

Des condos appelés à s’apprécier plus vite que le marché

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 20 mars 2021 2 commentaires

André Dubuc
La Presse

Une firme d’intelligence artificielle du domaine immobilier a identifié 10 secteurs géographiques pour lesquels le prix des condos devrait s’apprécier plus rapidement que le marché à la suite de la mise en fonction du Réseau express régional.

Fondée en 2020 par Sean Tassé et Jordan Owen, fils de l’un des deux frères Owen derrière la société Mondev, la société SquareFeet.ai s’est intéressée aux condos construits depuis 2000 et qui ont été vendus en 2020 se trouvant dans un rayon d’un kilomètre à vol d’oiseau d’une station de métro ou d’une future station du Réseau express métropolitain (REM). Elle a ensuite calculé un prix de revente moyen au pied carré par stations.

Le REM est le réseau de trains électriques de 26 stations et de 67 km de la Caisse de dépôt qui devrait entrer en fonction au milieu de 2022 pour le tronçon reliant Brossard au centre-ville et en 2023 et 2024 pour les autres tronçons. Une mise à jour des délais et du coût de réalisation a été promise par le patron de la Caisse, Charles Emond.

SquareFeet.ai, comme les auteurs d’études antérieures, a constaté une forte corrélation entre la valeur d’un condo et le temps de transport entre la propriété et le centre-ville.

Les analystes de la jeune pousse ont divisé l’échantillon des stations en trois groupes. Les stations de métro et de REM situées à moins de 15 minutes du centre-ville, celles situées entre 15 et 24 minutes et celles entre 25 et 35 minutes.

Avec l’entrée en service du REM, certaines copropriétés qui se trouvent actuellement à une heure de transport du centre-ville vont voir le temps de parcours raccourcir considérablement.

Pour un temps de transport vers le centre-ville équivalent, l’écart de valeur est actuellement significatif entre un condo près d’une future station du REM et la valeur d’une unité à proximité d’une station de métro. Il est d’au moins 100 $ le pied carré dans neuf des dix secteurs identifiés.
Pour un condo de deux chambres d’une superficie de 800 pieds carrés, on parle d’une plus-value potentielle de 80 000 $ qui ne demande qu’à être saisie.

L’écart devrait disparaître rapidement une fois le REM en service, soutient la société techno.
Invité à donner son point de vue, Francis Cortellino, chef analyste à la Société canadienne d’hypothèques et de logement, invite à la prudence. Il convient que la venue du REM va stimuler la demande de logements autour des stations, mais il ignore comment l’offre va réagir. « Si les terrains à développer sont en grand nombre dans un secteur donné, l’abondance de l’offre pourrait restreindre la hausse des prix », fait-il valoir.

L’écart de valeur toujours présent

« La beauté de l’affaire est que nous avons constaté que l’impact du REM sur le temps de transport au centre-ville ne se reflète pas encore dans le prix des condos dans la plupart des marchés », soutient Jordan Owen, chef de la direction de Squarefeet.ai, dans un entretien.

Les plus forts escomptes se concentrent autour des futures stations Du Ruisseau, Sunnybrooke, Pierrefonds-Roxboro, Kirkland, Deux-Montagnes, Grand-Moulin et Brossard.

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Voir aussi : Condo, Projet - Tramway, Transport, Transport en commun.