Julie Painchaud
Points de vue
Le Soleil
Bonjour M. le maire. C’est la première fois que je vous écris et je dois dire que je suis tout étonné d’avoir à le faire. Pourquoi ? Et bien, voyez-vous, ça concerne le réseau structurant, et plus particulièrement le tramway qui en est l’épine dorsale. Je compte sur vos lumières pour m’éclairer sur plusieurs points que, décidément, je m’explique mal…
1- Une des principales raisons invoquées pour la nécessité d’un tramway est la saturation du réseau d’autobus aux heures de pointe. Or, je lis dans l’enquête O-D 2017 que le taux d’occupation des véhicules à ces heures n’est que de 1,20 personne (1,23 en 2001!). Dites-moi, que fait donc la ville pour voir à rehausser ce taux ? L’urgence me semble là, car pour l’instant, moi ce que je vois comme problème, c’est que nos routes débordent de voitures… à peu près vides ! Et ces bulles solitaires sont le choix pour 61,2 % aux pointes du matin. Qu’est-ce donc qui incite, de la part de la Ville, le covoiturage, ou plus encore décourage le «monovoiturage» ? Ne serait-ce pas un bon premier pas pour libérer de l’espace vital pour les bus ?
2- O-D 2017 détermine aussi que les secteurs de choix pour les heures de pointe sont la colline parlementaire, l’axe Laurier-Université-cégep Ste-Foy. La pandémie ne nous obligera-t-elle pas à réévaluer ces données, M. Labeaume ? Bien sûr, me répondrez-vous, les étudiants.es trépignent de retrouver leurs classes. Mais pour quantité d’autres, souvent travailleurs de bureau, oeuvrer à partir de la maison sera dorénavant la norme (j’en connais plusieurs dans mon entourage proche). En effet, les gouvernements et nombre d’employeurs privés permettent maintenant cette délocalisation du lieu de travail. De plus, l’on sait que nombre de métiers et professions de l’avenir (jusqu’à 85 %), liés à la numérisation et la robotisation du travail, n’existent pas encore. Devant tant de nouveau, le portrait circulatoire de Québec ne risque-t-il pas de changer considérablement d’allure, M. Labeaume ?
3- D’où ce troisième point de questionnement. On parle beaucoup de la nécessité de se réinventer, de faire preuve de souplesse, d’adaptation. Or, le projet de tramway sera tout l’inverse de ceci : infrastructure lourde, coulée dans le béton, implantée de force dans le corps de la ville à coups de dynamite. On pourrait certes en poursuivre les veines, mais aucunement les déplacer, les moduler. Cette manière de concevoir le transport collectif n’est-elle pas un héritage des siècles précédents ? Vous parliez avec enthousiasme il y a quelques années du trambus et du SRB comme épine dorsale du futur réseau structurant. Pourquoi donc avez-vous abandonné cette option évaluée trois fois moins dispendieuse et bien plus modulable aux besoins changeants d’une ville comme Québec? D’ailleurs, le rapport du BAPE de novembre 2020 remet aussi en question le choix du tramway. Expliquez-moi svp votre volte-face au sujet du trambus !
4- Le savez-vous, M. Labeaume, l’urgence climatique n’est pas pour demain, elle est pour… hier ! La dernière fenêtre pour un virage radical afin d’éviter un désastre irréversible est la décennie 2020-2030 (consensus scientifique, dont le GIEC, sur la question) Or, votre projet prévoit une mise en service quelque part en 2026. Évidemment, on peut s’attendre à des délais, comme pour l’usine de biométhanisation. Si le tramway roulait déjà, remarquez, j’en serais bien content. Mais il n’en est rien et nous avons encore l’occasion de faire mieux, plus vite et à moindre coût.
5- Enfin, malgré plus de trois milliards $ publics investis (si, contrairement à nos traditions, il n’y a pas de dépassements de coûts), les réseaux de Québec et de Lévis ne seront pas encore fusionnés. En ce sens, comment, M. Labeaume, peut-on parler d’un réseau d’avenir dit structurant ?











