Québec Urbain

L’Urbanisme de la ville de Québec en version carnet…


Archives pour la catégorie « Témoignage »

Lettre & Mémoire à la Commission des finances publiques de l’Assemblée nationale

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 30 avril 2019 Aucun commentaire

Photo: Archives de Québec Urbain

Monsieur Jean-François Simard
Président, Commission des finances publiques
Assemblée nationale du Québec

Monsieur le président,

Vous trouverez ci-joint une Lettre ainsi qu’un Mémoire soumis à votre attention ainsi qu’à celle des membres de la Commission des finances publiques.

Je demeure à votre disposition pour tous renseignements.

Bien à vous,

Léonce Naud
Géographe

Lettre & Mémoire � la Commission des finances publiques – Assemblée nationale

Un extrait: Il me fait plaisir de vous transmettre ainsi qu’aux membres de la Commission des finances publiques le Mémoire ci-après, déjà confié à la Commission de l’aménagement du territoire. Il concerne les crédits budgétaires 2019-2020 de la Commission de la capitale nationale (CCNQ), plus précisément des projets immobiliers à l’Anse-au-Foulon, à Québec. Leur coût s’élèverait à plus de $ 150 millions de dollars. Hormis un « miroir d’eau » apparu subitement suite à une visite du maire Labeaume à Bordeaux, personne dans la population ne les a suggérés et ils n’ont fait l’objet d’absolument aucun débat public. Bien que le contenu du Mémoire parle de lui-même, il me fera plaisir de fournir au besoin toutes précisions.

Voir aussi : Architecture urbaine, Arrondissement Beauport, Arrondissement La Cité-Limoilou, Environnement, Message d'intérêt public, Québec La cité, Témoignage.

Québec restera Québec

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 1er février 2017 5 commentaires

quebec-musulman
J’ai hésité à parler des événements de la Mosquée de Québec puisque Québec urbain est un blogue sur l’urbanisme. Mais l’urbanisme, c’est la ville et la ville, c’est aussi ses habitants. TOUS ses habitants.

J’ai couvert en photos et vidéo ces derniers jours la fusillade pour différents médias. J’y étais le soir même, j’ai couvert les réactions le lendemain. J’ai vu des gens affectés, j’ai vu des gens touchés.

Et alors que la tempête du moment se calmait j’ai vu, et j’ai été surpris de voir, des recueillements et des gestes de solidarité pour notre ville partout dans le monde. Pour ma ville. Nous ne sommes pas habitués à cela.

Six morts. C’est six fois plus que pour l’ensemble de 2016. Nous sommes en sécurité malgré tous. Nos amis (plus ou moins) fraîchement arrivés parmi nous le sont aussi. Une frontière, c’est une ligne imaginaire tracée dans le sable. Un certain président nouvellement élu semble l’avoir oublié.

Voir aussi : Témoignage.

Lorsqu’une journaliste de voyage choisit Québec

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 25 février 2014 Commentaires fermés sur Lorsqu’une journaliste de voyage choisit Québec

Pamela MacNaughtan est une journaliste de voyage. De tous les endroits qu’elle a visité, c’est Québec qu’elle a décidé d’appeler « maison ».

My desire to explore the world has not waned, I don’t think that is even possible, but my desire to have a place to return to after a trip and unwind is growing stronger. And I am so excited that Québec City is going to be that place.

Voir le billet sur savoirfaireabroad.

Voir aussi : Témoignage, Tourisme.

Profil du promoteur Sébastien Leboeuf

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 24 juin 2012 Commentaires fermés sur Profil du promoteur Sébastien Leboeuf

Le Soleil en fin de semaine a présenté un important profil du promoteur immobilier de l’heure à Québec, Sébastien Lebeuf.

Le promoteur Sébastien Leboeuf a l’immobilier dans le sang

Des «trous à mouches» aux écoquartiers

Voir aussi : Témoignage.

L’avenue du tramway – Chapitre 6: Le temps de l’Expo

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 12 mai 2011 5 commentaires

Enfant, Gilles Néron déménage sur la première Avenue et découvre le tramway, qui sera le fil conducteur de ce récit de sa jeunesse. Un incroyable témoignage.

Épisodes précédents:
L’avenue du tramway – Chapitre 1: Le déménagement
L’avenue du tramway – Chapitre 2: la machine à perche et la 1ere avenue
L’avenue du tramway – Chapitre 3: Jean Béliveau au Petit Colisée
L’avenue du tramway – Chapitre 4: L’Hôpital et le magasin de jouet
L’avenue du tramway – Chapitre 5: La politique et la religion

La Fête du Travail, le premier lundi de septembre, mettait un terme à l’Exposition provinciale qui se tenait juste à côté du terminus de la ligne de tramway. Nous ne manquions jamais cette journée spéciale de la foire malgré notre peu d’argent. Il est vrai que même si nous ne pouvions pas nous payer les jeux mécaniques et les attractions sous les tentes colorées, nous aimions l’ambiance de cet événement. Pour nous décourager mes parents disaient que le show était un attrape-nigaud en citant Bailey qui claironnait que les cirques vivaient des idiots qui naissaient tous les jours. Mais cela ne nous consolait pas vraiment.

Or, il fut une année où Alain et moi avions fait des économies pour l’Expo en épargnant les petits gains réalisés durant les vacances d’été à aider les cultivateurs du marché et les marchands ambulants ou à faire des courses pour les vieilles personnes du voisinage. Nous avions une fortune, quelque chose comme 2 dollars chacun. Fiers d’avoir trouvé un trou dans la clôture du site, ce qui voulait dire une économie importante, nous nous promettions des expériences excitantes. Notre premier choix tomba sur une tente qui présentait un spectacle de rodéo. À un moment donné, un clown amène un âne et demande s’il y a un enfant qui accepte de venir au centre pour faire une démonstration. Alain se lève et court vers la piste sans m’avertir. On le fait monter sur l’animal qui sans hésiter l’envoie valser dans les airs au grand amusement de la foule. Il revient penaud en se lamentant de sa chute sur le sol. Nous sortons après le spectacle pour constater que toute la monnaie qu’il avait dans sa poche arrière est restée sur la piste. Nous revenons réclamer notre dû. Inutile de dire qu’il n’y a pas eu de remboursement, pas même la volonté de recherche à l’endroit de la chute, seulement une menace de nous botter le cul si nous ne déguerpissions pas. Heureusement j’étais resté assis dans l’estrade, ce qui nous a permis de continuer notre virée dans la foire, mais en éliminant les shows dans les tentes et en nous restreignant sur la nourriture. Il nous restait les jeux mécaniques à 5 cents le tour.

Quand je pense à la 1ère Avenue, il me revient ces transports à chaque automne des légumes achetés au marché à l’aide de la petite express pour les réserves de la saison froide. Il fallait plusieurs voyages pour transporter les 10 sacs de patates et les sacs de navets, de carottes et de choux, que nous mettions dans des carrés de sable à la cave.

Qu’importe les tâches familiales, nous trouvions toujours des moments pour nous amuser, mon frère et moi. C’est ainsi qu’un soir d’hiver nous nous retrouvons à la grande épicerie Miville, juste à l’endroit où le tramway tourne une fois passé le pont pour s’engager dans la longue avenue. Mon frère remarque le givre sur la poignée de cuivre et pendant que je fais l’achat de ce que m’avait commandé maman il lui prend la fantaisie de lécher la large poignée de la porte du magasin. Une tentation qui semble-t-il a tenaillé plus d’un enfant. Il faut croire que le frimas sur la dorure de l’objet promettait une sensation particulière. En ressortant, j’entends mon frère crier tout en restant agenouillé au pied de la porte. Je lui dis de cesser de faire l’idiot et je pars dans la direction du retour. Celui-ci hurle de plus belle et reste accroupi contre la porte. C’est alors que je constate que sa langue est collée à la poignée au point où la peau risque de se déchirer. Des clients qui arrivent se rendent à l’évidence qu’Alain a commis l’imprudence de mettre une langue chaude sur du métal froid. Le commerçant surgit en disant : Encore une langue collée. Je vais changer cette poignée qui attrape les enfants.

Il demande à son commis de l’eau chaude et en attendant il commande à Alain de rester tranquille et de ne pas tirer sur sa langue pour éviter que ça saigne. L’eau dégage mon frère qui ne trouve pas autre chose à dire que cette sorte de poignée ne goûtait pas bon. C’est même amer, vos poignées!

Je dis merci et je me prépare à filer tandis que le bonhomme de l’épicerie me dit de prendre mieux soin de mon petit frère. Nous ne nous sommes pas vantés de cette aventure à nos parents.

Je n’étais pas tous les jours dans la rue. J’avais des obligations domestiques comme de garder mes frères, le dimanche, jour de sortie au cinéma de mes parents. Durant les quatre heures que durait le programme double, je devenais un père qui avait une drôle d’idée de son rôle de surveillant. Alors nous nous permettions des jeux que mon père nous aurait interdit comme de sauter sur les fauteuils du salon au point de les défoncer. C’est justement cela qui est arrivé. Après un saut particulièrement réussi le beau divan de velours rouge a fait entendre un bruit de bois cassé qui a refroidi nos ardeurs. Nous avons bien vu que quelque chose de grave s’était produite parce que le coussin du cendre frôlait le plancher. Comment dissimuler la chose? On a remis tant bien que mal le coussin à sa hauteur normale, mais dans la même soirée mon père s’est écrasé à terre sur ce même coussin. J’en ai été quitte pour quelques taloches même si papa a reçu une petite compensation de la part du magasin pour la mauvaise qualité de son Crewler qui lui avait tant coûté.

Il nous arrivait aussi de remplir les heures d’absence de nos parents en jouant aux cuisiniers. C’était des mélanges de tout ce qui nous tombait sous la main. C’est lors de ces temps d’initiatives personnelles que nous nous sommes signalés dans des jeux de rôle principalement quand nous avons peinturé les vitres de la cave en vert pour nous simuler le donjon d’un château du Moyen-Âge. Encore heureux que nous n’ayons pas pensé à faire un feu sur le plancher pour jouer aux pompiers ou que nous n’ayons pas eu l’idée de nous fabriquer un costume de Surhomme dans les combinaison en véritable cachemire de mon père. Parfois je regrette de ne pas avoir osé.

Ah les belles années du 854, 1ère Avenue, celles de la rue du tramway!

Voir aussi : Témoignage, Voyage dans le temps.

L’avenue du tramway – Chapitre 5: La politique et la religion

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 11 mai 2011 2 commentaires

Enfant, Gilles Néron déménage sur la première Avenue et découvre le tramway, qui sera le fil conducteur de ce récit de sa jeunesse. Un incroyable témoignage.

Épisodes précédents:
L’avenue du tramway – Chapitre 1: Le déménagement
L’avenue du tramway – Chapitre 2: la machine à perche et la 1ere avenue
L’avenue du tramway – Chapitre 3: Jean Béliveau au Petit Colisée
L’avenue du tramway – Chapitre 4: L’Hôpital et le magasin de jouet

Quand mon oncle Wilfrid venait chez nous il ne prenait jamais le tramway, car il trouvait le taxi plus conforme à son niveau social et à ses moyens. Le frère aîné de mon père nous rendait souvent visite le dimanche. Il venait seul, car tante Adèle n’aimait pas descendre dans la basse-ville, c’était trop commun. Elle préférait dormir. Mon père avait l’habitude de dire que pour une fille de Charlevoix qui avait fait des choses à Détroit c’était péter plus haut que le trou. Je riais à chaque fois qu’il répétait cette expression parce que j’essayais d’imaginer l’odeur sous ses jupes qui descendaient jusqu’à terre.

Mon oncle gérait en ce temps-là le Club Renaissance situé sur la Grande-Allée. Il s’agissait d’un véritable club, car les femmes n’y étaient pas admises. Il réunissait les Bleus, soit les membres de l’Union Nationale, parti politique dirigé par Maurice Duplessis. Dans ces années de guerre où ce parti formait l’Opposition, le grand frère de papa, qui ne manquait pas de gueule, cherchait un auditeur à ses diatribes contre le parti au pouvoir, celui des Libéraux d’Adélard Godbout. Mon père était l’interlocuteur tout désigné, car il ne pouvait être que favorable au Parti libéral, il devait sa job d’employé civil aux Rouges. D’où des obstinations à ne plus finir. Afin d’avoir tout le champ libre pour leurs discussions, l’oncle nous gratifiait, Alain et moi, d’un 10 cents chacun avec l’ordre d’aller nous sucrer le bec. C’était un bon montant en ces jours où on pouvait acheter un cornet de crème à la glace et en plus une barre de chocolat pour cette somme. Bien entendu nous filions vers le petit magasin Poitras avant que notre père ne songe à nous confisquer l’argent.

C’est à cet oncle que mon frère Alain avait un jour coupé l’appétit d’un seul mot. Mon père était allé à la chasse au chalet du grand-père à Lizotte et avait rapporté des lièvres qu’il avait laissés dehors une nuit de grand froid. Comme il voulait offrir à son frère un repas de gibier il a fait dégeler les bêtes derrière le poêle avant de les faire cuire. Or, ces dernières avaient dégagé une odeur pas tellement agréable avant d’être mises au four, probablement dû au fait qu’elles n’avaient pas été vidées complètement avant d’être gelées. Mon frère, qui n’avait pas aimé cette odeur, avertit notre oncle avec toute la naïveté dont il était capable en lançant un tonitruant: Mon oncle Wilfrid, mange pas le lièvre, il est pourri pourri!

Tout le monde est resté interloqué. Mon père n’en croyait pas ses oreilles et avant qu’il ne lève une main punisseuse, l’oncle Wilfrid avait tassé son assiette. Explication rapide de mes parents sur le gelage et le dégelage du gibier en cause et déclarations abondantes de garantie de fraîcheur. Mais rien n’y fit. Personne, y compris mes parents, n’a plus touché au mets préparé pour ce dimanche. Le « Pourrie, Pourrie, mon oncle »! est resté longtemps dans la famille pour signifier qu’une chose était dégoûtante.

Nos observations sur les gens qui montaient ou descendaient du tramway, dont l’arrêt était dans notre champ de vision, n’étaient jamais aussi soutenues que les jours où nous manquions l’école pour une raison de soins préventifs. En effet, ces soins s’imposaient deux fois par année, à l’automne et au printemps. Mon père entreprenait alors l’opération purge pour nous vider le corps des mauvaises humeurs de la saison précédente. C’était une sorte de tradition dans sa famille, disait-il. Il s’agissait d’ingurgiter à jeun un grand verre d’huile de castor (huile de ricin) ou de sel à médecine (sel d’Epson), mêlé à du jus d’orange, une fleur pour l’occasion. Il nous laissait le choix du médicament, car il gardait en permanence les deux produits. Comme l’un était aussi mauvais que l’autre, cela ne nous conférait pas un grand avantage.

Chaque fois l’opération était une réussite. Pour nous vider, ça nous vidait. Une journée complète à marcher de la toilette à notre fenêtre d’observation. Un remède de cheval dirait-on aujourd’hui, mais à cause de notre occupation favorite je dirais plutôt un remède de tramway. Quand mon frère se précipitait dans la salle de bain avant moi, le mal de ventre prenait le dessus sur le mal de coeur. Je me demande encore la logique qui soutenait cette intervention brutale, d’autant plus que cela ne m’empêchait pas d’être bronchite. Une fois le traitement accompli, nous allions au lit pour suer, une autre des lubies du Dr Néron. Il s’agissait de nous couvrir de confortables après un bain chaud au point de risquer d’y mourir étouffés.

Deux mots sur les bains chauds et les confortables. Nous avions bien un bain mais pas d’eau chaude au robinet. Il fallait d’abord faire chauffer de l’eau avec un élément à nu sur une simple porcelaine qu’on appelait heater. Mais attention à ne pas mettre les mains dans l’eau durant le chauffage, il y avait danger d’électrocution pour le moindrement qu’un contact pouvait s’établir avec un conducteur. Des histoires à faire dresser les cheveux sur la tête couraient sur de tels accidents, un tel s’était fait griller dans son bain parce qu’il avait oublié de tirer la fiche avant de pénétrer dans l’eau, un autre s’était brûlé au trois-quarts au moment de mettre la main dans l’eau pour vérifier sa température. Inutile de dire qu’on manipulait l’appareil avec précaution, pas nous parce qu’on n’aurait jamais osé, seulement mes parents, et encore plus mon père que ma mère.

Quant aux confortables, c’était d’épaisses couvertures que maman confectionnait avec des échantillons de tissu. Mon père qui travaillait les fins de semaine chez Pollack comme vendeur dans le Gent, département des vêtements pour homme, rapportait à la maison les échantillons des tissus non renouvelés. Le prêt-à-porter était peu répandu à l’époque et papa qui savait prendre les mesures, fruit de ses années dans les magasins de son paternel, avait droit aux échantillons fin de tissus. Les petites pièces de tweed étaient cousues ensemble pour faire le dessus d’une couverture remplie d’une bourre de coton. Cela donnait une couverte très chaude d’un bel aspect à la manière d’une catalogne avec des motifs carrés de couleurs variées. Cependant, la couverture était si lourde qu’elle nous empêchait de respirer lorsque nous étions couchés sur le dos. C’est pourquoi j’ai appris à me prémunir de ce risque en dormant sur le côté, chose que je fais encore.

Notre avenue était souvent choisie pour le déroulement des manifestations religieuses ou civiques du type procession ou parade à cause de sa largeur et de son importance. La Fête-Dieu était de ces événements qui empruntaient notre rue à cause de ses maisons cossues propres à recevoir le reposoir. Cependant, pour cette procession seuls nos parents s’assoyaient sur la galerie parce que nous, les enfants, nous devions mettre nos bérets blancs et rejoindre les Croisés de l’école dans le défilé. Il arrivait aussi à la parade de la Saint-Jean de se dérouler sur la 1ère Avenue. C’est immanquable, à chaque fois que je pense à cet événement je me remémore ce jour de grande chaleur où ma mère tenait à nous parer d’un pantalon de flanelle blanche et d’un veston de tweed du plus bel effet, mais plus approprié pour le 25 décembre que pour le 24 juin. Le problème venait qu’elle venait tout juste de confectionner ces vêtements dans des tissus achetés à rabais et voulait nous les voir porter. En quelques minutes d’exposition au soleil du solstice d’été, nous étions, Alain et moi, tout en sueur. Nous insistions pour enlever le veston, mais nous n’arrivions pas à faire accepter par nos parents que leurs petits anges puissent être moins beaux pour la parade. J’enviais le petit Saint Jean-Baptiste vêtu d’un simple pagne qui saluait la foule de sa houlette en caressant le cou de son mouton. On ne peut pas dire que nous avons apprécié les fanfares et les chars allégoriques, ce jour de canicule. Aussitôt revenus à la maison, le beau costume avait cédé la place aux culottes courtes et aux espadrilles qu’on appelait chouclaques. Quel soulagement! Et vive la fête du Canada qui se déroulait sur la Terrasse parce que nous n’y allions pas!.

Peu de temps avant cette parade, il y avait eu à Québec la grande soirée de la Fête du Sacré-Cœur au stade municipal officiée par les Oblats. Tout le monde allait entendre le sermon du Père Lelièvre, un Français qui n’avait pas la langue dans sa poche, surtout quand il promettait l’Enfer aux amateurs des péchés en vogue à Québec, soit la soulure, la sacrure et…la créature. Tous ces vices n’ont pas d’allure disait le prêtre avec un oeil malicieux et le sourire aux lèvres. Tout le monde riait de bon cœur et consentait à confesser ces trois péchés. Bon an, mal an, tous les hommes sur place faisaient le serment de fuir ces habitudes qui compromettaient leur salut éternel. Puis, flambeaux à la main, les gens entamaient des cantiques à la gloire de Dieu et de l’Église. C’était marquant cette foule, principalement composée d’ouvriers, qui manifestait une si foi si naïve. Cette dévotion se terminait tard dans la nuit! J’aimais cela.

À mes 11 ans, mon père m’a trouvé un emploi de vendeur de flambeaux, sorte de cierge encadré dans une boîte de carton à cellophane de couleur rouge vendu à l’occasion de cette fête.

Flambeaux du Père Lelièvre pour seulement 25 cents! Je criais cette phrase à m’étourdir. Et, ma foi, j’en vendais beaucoup quand arrive une femme, les deux bras enveloppés dans des bandages suite probablement à un incendie. Elle m’écoute et lance : Tu ne trouves pas que j’ai assez flambé comme ça? Je suis resté saisi puis quand j’ai vu que tous les gens d’alentour riaient à gorge déployée, j’ai fait de même. Satisfaite de son effet, la dame a quand même acheté un flambeau. Cette répartie est restée dans le répertoire familial.

Voir aussi : Témoignage, Voyage dans le temps.

L’avenue du tramway – Chapitre 4: L’Hôpital et le magasin de jouet

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 10 mai 2011 1 commentaire

Enfant, Gilles Néron déménage sur la première Avenue et découvre le tramway, qui sera le fil conducteur de ce récit de sa jeunesse. Un incroyable témoignage.

Épisodes précédents:
L’avenue du tramway – Chapitre 1: Le déménagement
L’avenue du tramway – Chapitre 2: la machine à perche et la 1ere avenue
L’avenue du tramway – Chapitre 3: Jean Béliveau au Petit Colisée

Ce n’était pas toujours des occasions d’amusement le long du chemin du tramway. Par exemple le séjour à l’hôpital que nous avons fait, mes frères et moi, deux ans après notre arrivée à Québec. Nous avions attrapé la galle, une maladie qui était encore présente en ces années dans les quartiers populaires. C’était peu de temps après notre passage à l’orphelinat. Ma mère disait que ce n’était pas surprenant avec tous ces enfants qui venaient on ne sait d’où. Il s’agissait d’une maladie à fortes démangeaisons qui envahissait tout le corps et le couvrait de plaies purulentes. Nous étions principalement affectés aux jambes. J’ai appris depuis que la galle est causée par des parasites qui se creusent des tunnels dans la peau. Mon Dieu, si j’avais su!

Mes parents avaient trop attendu pour voir le médecin de sorte qu’il a fallu un traitement à l’hôpital Saint François d’Assise. La première chose que les garde-malades ont faite c’est de nous attacher les pieds et les mains aux montants du lit afin de nous empêcher de nous gratter. Mes deux frères et moi étions couchés dans des lits côte à côte au milieu d’une vaste salle occupée par des enfants. À l’exception des odeurs âcres et des aliments fades, je n’ai pas gardé un souvenir détestable de mon séjour à l’hôpital. Au contraire, j’ai connu rapidement un apaisement à mes démangeaisons ce qui n’empêchait pas maman de dire que le spectacle de ses garçons attachés aux montants du lit lui crevait le cœur. Le mélange du rouge des plaies, du bleu de la teinture de méthylène et des bandages blancs nous avait assuré de la sympathie de tout le personnel. Nous nous sentions bien soignés. Ce fut l’affaire d’une semaine pour faire disparaître les bestioles qui nous grugeaient. Une fois débarrassé de mes liens et redevenu capable de résister à l’envie du grattage, j’ai pris plaisir à me trouver dans cette institution à cause des gâteries des infirmières. Le Dr Petitclair nous suivait de près afin de faire l’essai d’un nouveau remède qui s’est révélé efficace. Maman avait peur que les plaies laissent des traces à vie, mais ce ne fut pas le cas grâce à la mixture que ce médecin avait inventée.

Pour récompenser ses fils de leur bonne conduite à l’hôpital, notre père nous a amenés au département des jouets de la Compagnie Paquet. Nous devions choisir ce qui nous plaisait à condition que ça ne coûte pas trop cher. Nous étions tout excités quand nous avons pris le tramway pour nous rendre au magasin. Un cadeau quand ce n’était pas Noël, c’était exceptionnel. La vue de la section consacrée aux enfants valait la peine. C’était une vraie féerie même en ce temps de guerre. Il y avait des comptoirs remplis de tout ce à quoi un enfant rêve et plus encore parce qu’il y avait matière à découvertes. Cette section a contribué grandement à la renommée de Paquet durant ces années difficiles tellement elle débordait de surprises pour les enfants. C’était sûrement à cause de cette abondance de jouets que le Père Noël y plaçait son trône au mois de décembre. Même les adultes prenaient plaisir à y venir. L’émerveillement n’a pas d’âge, dit-on. Dans les années qui suivirent j’y suis retourné à plusieurs reprises, le plus souvent avec mon frère, pour me remplir les yeux et pour lancer mon imagination au pays des merveilles.

Après avoir fait deux ou trois tours des lieux, j’ai choisi un livre à l’étonnement de papa. Il s’agissait du Grand Catéchisme en images, celui-là même qui contient les belles images gravées de Gustave Doré. Le livre était en montre, ouvert sur l’illustration de David dansant devant le temple de Jérusalem. Comme j’avais pour second prénom David, hérité de mon parrain et grand-père, je ne pouvais faire autrement que de le vouloir. Jamais je n’ai regretté mon choix. J’ai tellement feuilleté l’ouvrage qu’il n’a pu être cédé à personne d’autre. Les pages étaient toutes froissées et tachées par les doigts. Je savais par cœur les textes qui accompagnaient les vignettes. Les illustrations du Paradis terrestre, de la tentation d’Ève par le serpent à cornes, des cochons habités par des démons qui se jettent dans la mer sur l’ordre de Jésus, de l’Enfer avec ses diables affairés à torturer les damnés sous l’image d’une horloge qui annonce inlassablement Toujours/Jamais, m’impressionnaient particulièrement. Ce cahier a rempli bien des soirs d’hiver et a peuplé mon imaginaire pour des années en plus de me donner des connaissances de la religion chrétienne pour la vie.

Demain: Chapitre 5: La politique et la religion

Voir aussi : Témoignage, Voyage dans le temps.

L’avenue du tramway – Chapitre 3: Jean Béliveau au Petit Colisée

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 9 mai 2011 1 commentaire

Enfant, Gilles Néron déménage sur la première Avenue et découvre le tramway, qui sera le fil conducteur de ce récit de sa jeunesse. Un incroyable témoignage.

Épisodes précédents:
L’avenue du tramway – Chapitre 1: Le déménagement
L’avenue du tramway – Chapitre 2: la machine à perche et la 1ere avenue

J’ai toujours trouvé curieux que le tramway nous véhicule là où quelque chose d’intéressant se produisait. Ce fut le cas lorsque j’ai assisté à ma première joute de hockey professionnel. Effectivement, nous avons pris ce moyen de transport, un dimanche où mon père était de bonne humeur, un p’tit 10 onces dans sa poche. Notre destination était le Colisée, appelé depuis le Petit Colisée, afin d’assister à une partie de hockey et subir ainsi mon initiation au jeu national des Canadiens. C’était du temps des As de Québec. Je ne m’étais jamais encore trouvé dans une foule emballée par ce sport. L’amphithéâtre était bondé, les gens chantaient, se levaient, gesticulaient et fumaient au point où un nuage bleu flottait sur la glace. J’étais étourdi par le bruit et l’excitation générale. La foule criait sans arrêt Béliveau! Béliveau! Moi, je croyais qu’il s’agissait d’un crie de ralliement ou d’encouragement et je m’égosillais à scander: Bel Vo! Bel Vo! Papa m’a dit que ce n’était pas Bel Vo, mais Béliveau, le nom du grand gars qui venait d’apparaître sur la glace. Il ajouta que c’était le meilleur joueur, bien qu’encore jeune. Je n’ai plus crié. La rondelle a été lancée et je me demandais pour quelle couleur de chandail je prendrais. J’optai pour celui que portait Béliveau, même si le blanc n’était pas habituellement mon premier choix.

Pendant de longues minutes je tentais de savoir ce que faisaient ces patineurs rapides avec leur bâton. Uns chose était certaine, ils cherchaient à s’enfoncer dans la bande de bois qui ceinturait la patinoire et le sifflet des arbitres se faisait entendre souvent. Alors tous les joueurs s’arrêtaient pendant que les gens dans les estrades se déchaînaient. Curieuse façon de s’amuser. Les spectateurs continuaient de crier une fois le jeu repris comme si leur voix pouvaient aider les joueurs.

Je commençais à comprendre que le jeu consistait à s’arracher une petite rondelle noire que papa appelait la pock, quand une sirène se fit entendre. Tout le monde se lève sur le champ et quitte sa place aussi rapidement que les joueurs sortaient de la patinoire. Persuadé qu’il se passe quelque chose de grave je jette un œil alarmé sur mon père qui reste paisiblement assis. Sans manifester la moindre inquiétude, il sort son précieux flacon pour une rasade en catimini. Je le tire par la manche et lui dis qu’il faut partir parce qu’il y a le feu.

Quoi le feu? Où est le feu? Il n’y a pas de feu ici, dit il avec un air détaché.
Mais oui, tout le monde a couru dehors. Il n’y a presque plus personne sur les bancs.

Je ne comprends pas la passivité de mon père et je m’inquiète. Je répète que tout le monde est sorti, que même les placiers ont fui la place. Je me convaincs que mon paternel ne se rend pas compte du danger, absorbé par sa minuscule bouteille. Alors je lui annonce que moi je sors en lui disant une fois de plus que la sirène a fait fuir tous les gens. Il part à rire et m’explique que c’est la fin de la première période et que les spectateurs sont allés tout bonnement prendre une bière ou se rendre aux toilettes. C’est ça une partie de hockey, précise-t-il sur un ton qui ne souffre pas de réplique.

Effectivement, peu de temps après, les fuyards rejoignaient leur siège et un autre hurlement de sirène ramenait les joueurs sur la glace. Je n’ai pas du tout aimé mon erreur. J’en étais mortifié. Cela allait décider de mes loisirs futurs, car c’est sûrement à la suite des rires prolongés de mon père que mon enthousiasme pour ce sport tomba net pour la vie. Curieusement, pour me venger le hasard a voulu que le Petit Colisée fut rasé par un incendie peu d’années plus tard, soit en mars 1949. Heureusement ce n’était pas au cours d’une joute de hockey.

Demain: Chapitre 4: L’Hôpital et le magasin de jouet

Voir aussi : Témoignage, Voyage dans le temps.

L’avenue du tramway – Chapitre 2: la machine à perche et la 1ere avenue

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 8 mai 2011 9 commentaires

Enfant, Gilles Néron déménage sur la première Avenue et découvre le tramway, qui sera le fil conducteur de ce récit de sa jeunesse. Un incroyable témoignage.

Épisode précédent:
L’avenue du tramway – Chapitre 1: Le déménagement

J’étais tout à mes découvertes quand une nouvelle fois le Ding Ding clair s’est fait entendre. Le tramway repassait en titubant et en grinçant. Encore une fois je courus au salon pour voir la machine à perche. Ce fut ainsi jusqu’à l’heure de me coucher. Dans la noirceur le spectacle de la machine bruyante était encore plus saisissant. Elle ressemblait à un char allégorique avec ses nombreux châssis illuminés, ses éclairs métalliques qui fusaient du fil électrique et ses bruits de crécelle au rythme irrégulier. Quel bonheur d’habiter la rue du tramway!

Le circuit de la 1ère Avenue était le plus long de ce service de transport en commun. De fait, sa route consistait en deux boucles qui se rejoignaient pour franchir la Côte d’Abraham, seul endroit où les voies étaient parallèles : dans la haute-ville le rail passait devant le Parlement et tournait à gauche à l’entrée des Plaines. Il empruntait ensuite la rue Saint-Louis. À partir de la Place d’Armes, où se trouvaient le Palais de Justice, le Château Frontenac et la Terrasse Dufferin, le tramway descendait par la Fabrique en saluant au passage la Basilique de Québec et l’Hôtel de ville. Il suivait par la suite la rue Saint-Jean; jusqu’au Carré d’Youville, place du Capitole et du Palais Montcalm. Dans la basse-ville il allait vers le nord par la rue de la Couronne, puis filait sur la 1ère Avenue jusqu’à Lamontagne pour atteindre le terrain de l’Exposition provinciale. Aussitôt après cet arrêt, qui servait de terminus, il franchissait le parcours le plus détestable du circuit, soit le coin des maisons délabrées de Stadacona, –Stocane en langue populaire,- et la Pointe-aux-Lièvres pour revenir par Dorchester à la rue Saint-Joseph, l’artère la plus commerciale de la ville, au pied de la Côte d’Abraham. Ce circuit convenait à mon père parce qu’il se rendait facilement au ministère des Finances, où il travaillait. Il faut dire que toute l’administration provinciale était alors située sur la colline parlementaire.

Le tramway à trolley passait aux quarts d’heure à vitesse réduite en ne cessant pas de s’annoncer au moyen de sa clochette et de son bruit de fer frictionné. Le conducteur, la plupart du temps debout, répétait après chaque arrêt : Avancez en arrière s’il vous plait! Moove backward, please! qu’il y ait du monde ou pas. Sûrement que l’engin avait besoin de cette phrase bilingue pour se remettre en marche. La propriétaire de la ligne était la Quebec Power, une compagnie qui ne fonctionnait qu’en anglais, d’où l’importance de l’avertissement dans les deux langues même si tous les passagers ne parlaient que le français. Des passagers il y en avait toujours et parfois trop, car souvent aux heures de pointe et dans la semaine de l’Expo, ce wagon électrique débordait au point où la porte avant était laissée ouverte pour admettre des gens qui se tenaient sur le marche pied. Il va sans dire que ces passagers quasi-clandestins devaient payer leur passage. Ticket please! Et on ne se mettait pas en marche tant que tout le monde de l’extérieur n’ait payé. Il fallait voir le conducteur se démener pour aller chercher billet ou argent.

Le bruit que faisait le tramway était une curiosité à lui tout seul. C’était un mélange de crissements de roues de fer sur le fer rouillé des rails, de craquements de planches de bois écréanchées et de grésillements venant de la perche qui se plaignait de son frottement sur le fil. Tous ces sons se combinaient avec une marche incertaine. Se dandinant d’un côté et l’autre de la voie ferrée, le tramway ressemblait à une grosse dame qui essayait un pas de danse sur un plancher inégal. Cela me fascinait à chaque passage.

Les flammèches qui accompagnaient le véhicule tout le long de l’avenue donnaient à penser que le courant électrique courait sur le chemin de fer lui-même. Je me méfiais tellement des rails que je n’osais mettre le pied dessus. S’il fallait traverser la rue, je sautais littéralement pas dessus les deux rangées de fer. Néanmoins, j’étais fasciné par l’appareil. C’est ce qui explique que dans les premiers jours, j’allais attendre mon père à l’arrêt du coin. Au son de la cloche du petit train, je sautais de joie et il arrivait même que, chose rare, papa souriait en descendant de la joyeuse machine. Ding Ding, voilà les gens qui viennent de la ville ou qui s’y rendent. Ils avaient tous l’air si heureux d’être à bord.

Monter dans le tramway était pour les jeunes enfants un exploit, car les marches étaient espacées, particulièrement la première marche qui était très haute pour des petites jambes. J’ai demandé la raison de cette distance avec le sol à mon père qui a répondu que c’était à cause de la neige. C’était tout à fait plausible, car les rues n’étaient pas déblayées dans la nuit qui suivait une forte chute de neige. Il fallait compter au moins deux jours avant que le pavé soit déblayé. Les voitures électriques devaient fournir un service de transport même dans les tempêtes de neige c’est pourquoi elles étaient équipées d’une gratte sur le devant pour se frayer un passage. Ces jours de mauvais temps les changeaient complètement; elles devenaient étrangement silencieuses dans l’épaisse couche ouateuse. Plus de bruits insolites, les roues de fer glissaient sur les rails comme des skis sur une pente douce. Plus de craquements de bois parce qu’on les ralentissait pour traverser les bancs de neige. Les tramways de l’hiver étaient plus accommodants mais aussi moins spectaculaires.

Marcher dans ces machines qui avaient le roulis d’une goélette sur des eaux agitées demandait tout un apprentissage. Pour nous rendre à une banquette nous tenions la main de notre mère si étroitement qu’elle s’en plaignait. Voyons Gilles tu n’es plus un bébé. Tu me fais mal. Si tu ne peux pas marcher assis-toi là, disait-elle en désignant la banquette la plus proche.

Bien entendu c’était l’affaire de quelques instants avant que nous redevenions les petits diables qui ne craignaient plus le plancher en mouvement. Nous avions rapidement appris à avoir le pied de l’usager de ce type de transport.

Pour nous, le tour le plus agréable était le plus long, soit celui qui nous conduisait aux Plaines d’Abraham. Non seulement nous traversions toute la ville, mais avions l’occasion de voir les principales places avec leurs enseignes et leurs vitrines. Et la Côte d’Abraham que montait l’engin comme par miracle offrait des émotions. À chaque fois je me demandais s’il allait réussir à passer le monticule de la jonction avec la Côte Sainte-Geneviève. Toujours il réussissait malgré ses plaintes. Certains dimanches nous nous rendions jusqu’à la Terrasse Dufferin pour apercevoir de haut le fleuve Saint-Laurent et les gros bateaux qui le sillonnaient. Mon père disait que c’était des steamers, même s’il y avait un bout de temps qu’ils fonctionnaient au mazout. C’était une fête de passer les portes des Remparts, rue Saint-Louis et rue Saint-Jean. La descente de la rue Saint-Jean, nous amenait aux pays des restaurants rutilants avec plein de monde sur les trottoirs.

Ce Québec tout ramassé sur lui-même m’apparaissait comme un grand jeu de trains électriques. Ces engins étaient vraiment les maîtres des rues étroites où peu d’autos circulaient. Effectivement ils m’ont permis de découvrir la ville. C’est au cours de ces années passées sur la 1ère Avenue que j’ai connu les grands magasins aux mille marchandises, la parade du Père Noël et de ses rennes, l’Expo et ses amusements, le défilé de la Saint Jean-Baptiste sous un soleil de plomb, la Fête-Dieu en habit de petite communion, la Fête aux flambeaux du Sacré Cœur, le marché Saint-Roch et ses odeurs diverses, les quais noirs de charbon du bassin Louise, l’ascenseur du Faubourg, la gare victorienne du Palais, la fontaine du Sauvage en face du Parlement, Le Musée avec sa collection d’animaux empaillés et tant d’autres choses. Le tramway donnait accès à tous les coins de la ville par le jeu des correspondances. Ce n’était pas sorcier puisque pour couvrir tout le territoire il ne fallait que deux circuits additionnels dans l’axe perpendiculaire, un dans la haute-ville sur Saint-Jean/Sainte-Foy et Saint Cyrille, l’autre dans la basse-ville sur Charest et Saint-Joseph. Ce moyen de transport conduisait dans toute la ville en plus d’être amusant.

Le tramway a conféré une vigueur nouvelle aux rues où il circulait. C’est ainsi qu’il a été cause du développement rapide de la 1ère Avenue, appelée autrefois le Chemin de Charlesbourg, au point où notre artère est devenue la principale rue de Limoilou. Bordée de commerces, d’industries et aussi de belles demeures bourgeoises, cette voie faisait tout à fait quartier neuf. De fait, on y trouvait de tout ce qu’offre habituellement une grande ville. Du côté de la rivière, il y avait les activités industrielles et les grands commerces et du côté du quartier, les résidences et les petits commerces. C’est ainsi que la cour à bois Lefrançois s’était installée près du pont Drouin, en bordure de la Saint Charles, exemple suivi par une kyrielle de garages, de vendeurs d’auto et d’entreprises de transport comme la compagnie Nolin juste en face de chez nous. C’est ce côté qu’avaient choisi l’église et l’hôpital Saint-François d’Assise. L’autre bord recevait les résidences et les magasins essentiels à une population, épiceries, boucheries, pharmacies, ainsi que les stations service et les bureaux professionnels.

Demain: Chapitre 3: Jean Béliveau au Petit Colisée

Voir aussi : Témoignage, Voyage dans le temps.

L’avenue du tramway – Chapitre 1: Le déménagement

Par Envoyer un courriel à l’auteur le 7 mai 2011 10 commentaires

Je vous propose ce matin le premier des six chapitres des souvenirs de jeunesse de Gilles Néron. Enfant, monsieur Néron déménage sur la première Avenue et découvre le tramway, qui sera le fil conducteur de ce récit de sa jeunesse. Un incroyable témoignage que j’ai dévoré d’un bout à l’autre.

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Un Ding Ding sonore se fit entendre quand la famille est arrivée dans son nouveau logement de la 1ère Avenue. C’était le premier jour du mois de mai, jour des déménagements pour toute la ville de Québec en ce temps-là. Aussitôt je regarde par la fenêtre du salon et je vois une drôle de machine équipée d’une perche qui circule au centre de la rue en branlant d’un bord à l’autre. Maman voyant ma surprise me dit sans attendre ma question que c’était le tramway qui passait. Mais c’est quoi un tramway?. Elle répond que c’est comme un autobus sur des rails. Ma réaction est alors de vouloir faire un tour dans ce véhicule qui ressemblait à un wagon de train sans locomotive. Pas aujourd’hui, dit-elle sèchement. Dès cet instant, j’ai eu une haute idée de l’endroit où nous allions demeurer; l’avenue du tramway me semblait une rue à part, une rue où habitaient des gens riches.

Cette impression favorable s’est accrue quand des hommes de magasins sont venus déposer les quelques meubles que mon père venait d’acheter chez Woodhouse, lits, ensemble de cuisine et fauteuils de salon. Un visite plus détaillée de la place accentua ce sentiment de m’élever dans l’échelle sociale. Plus question de grimper trois étages pour rejoindre notre logis comme dans le meublé de la rue Dupont. Le logement était au rez-de-chaussée avec seulement trois marches à franchir pour accéder à la galerie de la porte avant. De plus, l’appartement me sembla très vaste avec ses quatre pièces, sa salle de toilette dotée d’un lavabo et d’un bain et sa galerie arrière qui donnait sur une grande cour clôturée. Tout était si différent du petit trois pièces que nous avions quitté le matin même. Il y avait une pièce nouvelle pour nous, soit un salon comme chez grand-papa Nous avions aussi une cuisine fermée avec un gros poêle Bélanger déjà installé, et derrière une porte, un escalier qui descendait vers une cave aux mille mystères. Je faisais déjà des projets de jeux dans cet espace obscure sans savoir à ce moment que j’allais utiliser cet l’escalier plus souvent pour aller quérir le bois que le poêle engloutissait à un rythme effarant les jours d’hiver que pour y aller jouer. J’entends encore la phrase de maman, tous les soirs après souper des mois de froidure : Gilles as-tu monté le bois?

Pourtant c’était facile de voir que je ne l’avais pas fait, la boîte à bois était à cette heure du jour toujours vide. Mais, il ne me venait pas à l’esprit de faire la chose de mon propre mouvement, j’attendais l’ordre d’en haut. C’est ce qu’on appelle la soumission institutionnelle comme dans tout groupe organisé.

Pour revenir à la nouvelle demeure, nous ressentions, mon frère Alain et moi, une grande joie du fait d’habiter une maison bien à nous. Un logis débarrassé des voisins qu’on entendait parler au travers des murs minces comme du carton et qui se montraient curieux de tout ce qui nous faisions et sans les corridors mornes qui nous avertissaient du passage des gens comme des souris. De plus, la cour arrière nous invitait comme elle était entièrement à notre disposition, ce qui fut rapidement le cas, car nous y avons régné en maîtres absolus durant tout notre séjour à cette adresse.

Demain: Chapitre 2: la machine à perche et la 1ere avenue

Voir aussi : Témoignage, Voyage dans le temps.